XI. NIDECK
Nous terminerons ce que nous avions à dire de Berne , en observant que celte ville , située sur une colline que l'Aar environne en forme de presqu'île, aboutit vers son extrémité orientale à un coteau dont la base est de la même pierre de grès ou molasse si commune dans les environs. Une petite église qui porte le nom de Nideck est assise sur l'extrémité de ce coteau. Les anciennes chroniques de Berne el la charte ou bulle de l'empereur Frédéric II, attestent que le duc Berthold de Zahringen avait autrefois en cet endroit une maison ou petit château nommé Nideck. La langue allemande semble d'abord rendre raison de ce nom qui signifie coin ou angle inférieur, parce que, en effet, la ville et le coteau viennent ici se terminer en pointe. M. de Bochat a cru trouver l'élymologie de Nideck dans la langue celtique , el prélend que le mot composé Nid egg, signifie une habitation dans un coin. Le mot anglais egg , qui désigne un œuf dont la figure se termine en pointe , vient à I appui de celle élymologie , tant il est vrai qu'on trouve des rapports sans nombre entre les idiomes. M. Walther, savant jurisconsulte, qui a répandu beaucoup de jour sur 1 histoire des commencements de Berne et les origines de ses lois , vient de proposer une conjecture ingénieuse sur le nom de Nideck. « Il esi certain , dit-il , que les recteurs de la petite Bourgogne, c est-à-dire les ducs de Zâhringen, faisaient rendre la justice dans ce pays au nom de l'Empire. On sait par divers actes que,
longtemps après la fondation de Berne , les avoyers ou procureurs impériaux y tenaient des assises. Selon les anciens usages germaniques, on s'assemblait ordinairement pour rendre la justice auprès d'un grand chêne. La place où Berne a été bâtie était autrefois couverte d'une forêt de chênes, selon le témoignage des vieilles annales. Il est donc vraisemblable, dit-il, que Nideck ou Nideich (sous le chêne) désigne un grand chêne auprès duquel la justice s'assemblait autrefois. La charte de la ville de Berne de l'an 4218 , sans parler du nom de Nideck, parle en ces mots d'une maison du duc de Zâhringen : « De domo etiam quam dux Berchtoldus apud vos ftrmavit, vobis stàtuendo protnittimus , quod de ipsa nunquam a nobis vel a successoribns nostris aliquod damnum pateremini vel gravamen. » Le mot firmavit désigne une maison forte ou château. Les annales de Berne disent que le duc en avait fait une maison de chasse ; cela peut aisément se concilier. Tous les seigneurs alors étaient chasseurs , et tout château habité par un seigneur était une maison forte selon les mœurs et les usages du temps. On voit . par les expressions dont se sert l'empereur, que ce prince, qui voulait assurer la liberté de Berne après la mort du duc de Zâhringen , la tranquillise sur la maison forte de ce prince. Elle fut démolie vers l'an 1273 à la fin du grand interrègne. L'empereur Rodolphe I er confirma la charte de Frédéric U. Ce ne fut qu'en 1494 que l'on établit une petite église à la place de l'ancienne maison ; c'est à cette paroisse qu'appartient toute la partie inférieure de la ville, ainsi que le faubourg qui borde la rivière.