Bernold de Constance
Ce travail a pour but d'étudier la vie et les œuvres de Vun des personnages qui furent mêlés à la réforme entreprise par le pape saint Grégoire VII au XI^ siècle : Bernold de Constance.
L'ingérence du pouvoir civil dans la nomination du souverain pontife et des évêques avait amené, à cette époque, de grands désordres dans VUglise : la vente des charges ecclésiastiques, le relâchement des mœurs dans le clergé. Grégoire VII eut à cœur de restaurer la discipline, et ce fut pour réprimer ces abus qu'il continua avec plus d'énergie et développa la lutte engagée par lui avant son pontificat. Son principal adversaire fut l'empereur d'Allemagne, Henri IV, autour duquel se groupèrent tous les mécontents, tandis que le pape réunissait sous son drapeau tous ceux qui avaient souci de V honneur et de la liberté de l'Eglise. Les deux partis en vinrent aux mains.
A côté de l'action par la diplomatie et par les armes, il y eut V action par la plume, la polémique. Les écrivains discutèrent les décisions de Grégoire VII imposant le célibat aux clercs, interdisant le trafic des dignités ecclésiastiques. Comme le pape, pour briser la résistance, avait été obligé d'user de l'excommunication contre les rebelles, princes, évêques et prêtres, comme ces mesures avaient soulevé de graves cas de conscience sur les rapports avec les excommuniés et la valeur des sacrements qu'ils administraient, de nouvelles controverses s'engagèrent entre eux.
Bernold prit part à cette lutte comme défenseur de Grégoire y II, et g'' est le rôle quHljoua dans ce drame — draine ordinairement résumé en quelques mots au début de chaque question — qtie nous avons essayé de retracer en exposant et en critiquant ses mies sur ces d/ifféfènts problèmes.
Ainsi notre but est uniquement historique et critique; et, si parfois nous avons rejeté les théories de Bernold telles qu'il les présente, nous n'avons jaynais eu la prétention de trancher les questions épineuses qu'il examine. Tout auplus avons-nous indiqué, en passant, les principes généraux qui aident à, leê résoudre.
Cet aperçu peut déjà faire saisir l'intérêt de cette étude; et, si l'on ajoute que Bernold fut peut-être le plus important), parmi les défenseurs de Grégoire VU, il ressortira que son œuvre est comme le manifeste de tout le parti grégorien dont elle reflète Vétat d'âme.
Bien plus, ce travail, nous faisant connaître les théories du XI^. siècle sur le pouvoir des papes et la valeur des sacrements administrés par les hérétiques, ajoute un chapitre à l'histoire de la théologie positive. C'est, en efl'et, une époque bien peu explorée à ce point de vue. La plupart des travaux sur ces matières ont passé sous silence toute cette période (1). Un France, personne n'a encore étudié les œuvres de ces auteurs ; et^ si, en Allemagne^ M. Mirbt a jjrésenté dans son livre « La publicité au temps de Grégoire VII » un tableau de cette controverse, en indiquant la place de chacun des polémistes, ce sont plutôt des vues synthétiques et des critiqiies générales qui nous ont peu servi pour le sujet particulier que nous avions entrepris. Cette étude est donc en partie nouvelle, basée Ci peu près exclusivement sur les écrits de Bernold de
(1) Cf. Saltet, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, Paris, février-mars, 1904, p. 150.
Constance éclairés par Vhistoire du XI^ siècle et les pamphlets de ses adversaires.
Les Monumenta Germaniœ : « Libelli de lite imperatorum et pontiflcum sseculis XI et XII conscripti » tom. I et 11^ Hanovre, 1891-1892, et quelques volumes des Scriptores de la même collection, nous ont fourni le texte critique de leurs œuvres (1).
Sans doute cette étude est hien modeste et n^a rien de définitif. Les sciences historiques sont très complexes et il n'est pas toujours facile d'apprécier avec justesse les théories d'un auteur qui vécut dans un milieu hien différe^it du nôtre. Il aurait fallu aussi, pour traiter ce sujet avec ampleur, une connaissance plus complète des écrivains avec lesquels Bernold se trouva aux prises. Du moi7is aurons-nous peut-être contribué à attirer V attention sur ce côté de la réforme de saint Grégoire VII : il mérite d'être remarqué.
15 Mai 1904.
(1) Les écrits de Bëriiold se trouvent encore dans Migtie, F. L.f t. CXLyiII. col. 1062-1432. L'édition des Monumenta Germaniœ est beaucoup plus scientifique, exception faite pour la Chronique reproduite dans Migne d'après les Monu7nenta Germaniœ.