LES FAITS
^ous avons vu quels ravages la simonie et les investitures faisaient dans l'Eglise lorsque Grégoire VII arriva au trône de saint Pierre, et par quelles mesures il commença à combattre ces fléaux. L'empereur Henri IV, après
(1) Cf. Delarc, Saint Grégoire Vil et la réfomne de VEglise an XI" siècle, t. III; Chron. de Bernold, M. G. SS., t. Y, adann. 107G-1080.
avoir donné au pape les plus belles espérances et lui avoir promis de lui prêter main-forte, se laissa de nouveau entraîner par ses conseillers perfides et continua de vendre les évêcliés et les abbnyes, sans tenir compte des avertissements du pape. Grégoire VII, en eftet, n'épargna rien pour ramener dans le droit chemin le jeune empereur, et si, après trois ans de sollicitations pressantes, il le somma de paraître devant lui, c'est que l'honneur de l'Eglise était en jeu. Henri répondit en réunissant à Worms (22 janvier 1076) une grande assemblée d'évêques qui, soit par intimidation, soit plutôt par peur de la réforme, poussèrent leur maître à la révolte, déclarèrent nulle l'élection de Grégoire VII et lui refusèrent toute obéissance. C'était la guerre, et, dès lors, il n'y avait plus d'autre parti pour le pape que de faire acte d'autorité. Le 15 février, il suspendait de toute fonction épiscopale et retranchait de la communion tous les évoques rebellés de Worms. En outre, il excommuniait Henri IV et relevait tous ses sujets du serment qu'ils lui avaient prêté.
Le second acte de ce grand drame se déroula quatre ans plus tard.
L'efiét des mesures prises en 1076 n'avait été que momentané. Henri IV et ses complices avaient joué de ruse, extorqué le pardon du pape à Oanossa; mais, une fois l'excommunication levée, ils ne s'étaient nullement soucié détenir leurs promesses. De nouveau, Grégoire VIT employa tous les moyens proj)res à rendre possible l'œuvre de la î)acification. Ge fut en vain : la mauvaise volonté du roi (1) fit échouer toutes les tentatives. Aussi, dans les
(1) Les empereurs d'Allemagne n'avaient le droit de porter le titre d'empereur qu'après avoir reçu la couronne impériale des mains du pape, à Rome. Henri IV ne fut jamais couronné par Grégoire VII.
synodes de mars 1080-1081, le pape liait « des liens de l'anatlième Henri qu'on appelle roi et tous ses fauteurs », lui interdiwsait derechef le royaume de Germanie et d'Italie, relevant des promessesj urées tous ceux qui lui avaient X)rêté serment d'allégeance. Ces fauteurs, c'étaient, entre autres, les trente évêques réunis la même année à Brixen pour élire l'antipape Gruibert.
Au témoignage de Bonizo (1), Texcommunication de 1076 avait i)roduit l'effet d'un coup de foudre dans tout l'empire romain; Henri IV et les siens pris au dépourvu durent s'incliner. En 1080 ils étaient prêts à soutenir la lutte. Il s'iJgissait de faire tourner l'opinion du côté du roi. Ils essayèrent donc de montrer Tinjustice des mesures du pape, les uns en niant son pouvoir souverain sur tous les fidèles, principalement sur les évêques et les rois, les autres en montrant le caractère illégal de la procédure suivie dans ces deux condamnations. Voyons comment Bernold établit ce pouvoir suprême des papes et comment il justifia l'usage qu'en fit Grégoire YII.