CONCLUSION
Si nous embrassons d'un seul coup d'œil l'œuvre de Bernold, il s'en dégage une grande idée : Bernold a cherché par tous les moyens possibles à faire reconnaître le pouvoir absolu du pape. î^ous avons pu constater, par les oppositions nombreuses que rencontra Grégoire VII chez les évêques et les princes, combien cette autorité était encore peu ferme au xi® siècle. Dans la pratique surtout, les évêques et les rois supportaient assez difficilement les prétentions du successeur de saint Pierre, comme eux évêque et roi. Bernold, qui était moine et moine bénédictin tout dévoué à la cause du pape, aida à affermir cette souveraineté. Comme toute la Tradition l'avait fait avant lui, il affirma la dépendance des évêques vis-à-vis du souverain pontife; puis, surtout, il formula, à la suite de Grégoire YII, la théorie du pouvoir absolu sur les rois et les empereurs considérés comme princes temporels. Bernold revint à cette question dans presque tous ses écrits; et, quelle que soit la valeur de ses arguments, il a contribué, pour une bonne part, à la diffusion de ces idées, qui devaient aboutir avec Innocent III à la conception grandiose d'un pape chef suprême de toute la chrétienté et de tous les royaumes.
Une autre théorie, qui devait avoir des destinées célèbres et que Bernold a patronnée, est celle de la ré-
pression de l'iiéré.sie par la force. Elle sorfc^ pour ainsi dire, logiquement de la précédente. Sous l'influence de la doctrine augustinienne, Bernold fut un des premiers, dans la lutte du Sacerdoce et de l'Empire, à soutenir qu'il était licite, bien plus, méritoire de combattre l'erreur les armes à la. main, et, si la liberté de l'Eglise le demandait, de condamner les hérétiques à la peine de mort : principes qui aboutiront pi us tard àlTnquisition. Cependant Bernold a émis ces maximes rarement et d'une façon assez brève.
Quant à sa doctrine* sacramentaire, elle n'a rien de personnel. Elle nous fait assister à ce recul de la théologie revenant sur des problèmes élucidés depuis longtemps par. saint Augustin, et, à ce titre, elle est intéressante; mais l'auteur n'a pas su dégager des nombreux textes dont il se sert une idée fondamentale qui, à l'aide de la réflexion, lui aurait fait atteindre la vérité. Disons-le, Bernold n'a pas été assez indépendant. Il n'a pas su assez penser par lui-même i)our vaincre les difficultés qu'il rencontrait dans les textes des Pères de l'Eglise, et ainsi sa marche a été ralentie.
]!^otons, enfin, que de toutes les preuves invoquées par Bernold pour établir ses thèses, l'argument de Tradition est celui auquel il attache le plus d'importance et auquel il donne le plus de développement. Saint Augustin et feaiut Jérôme, en particulier, sont les deux Pères auxquels il a le plus souvent recours. Bernold n'a pas. toujours bien compris les textes dont il se servait, et, ce qui est plus grave, très souvent il use des fausses décrétales. Ces restrictions, que l'on peut aussi appliquer aux arguments d'Ecriture Sainte, nous permettent d'apprécier à leur juste valeur les théories qu'il soutient.
Telle est la j)art de Bernold dans l'œuvre théologîque
du XI® siècle. Il faut la juger par l'époque elle-même. Il lie fut pas un génie, mais ce fut un homme de talent dont l'histoire doit garder le nom.
Li. J. C.
ADDITIOîî^
P. 7, ligne 25. Hurter pense que Bernold est Fauteur du De vitanda eœco^nmunicatorum commiinione publié par Diimmler, M. G. Lih., t. III, p. 597-602 ; et il cite certains critiques récents qui lui attribuent le fameux Micrologus, P. L,, t. OLI, col 974-1022. Il affirme, en outre, que dans le De eoccommunicatis mtandis Bernold a emprunté bien des passages à Hincraar. Of. Hurter, Nomendator Uterarius theologiœ catliolicœ, 3® édi,, Inspruck, 1903, t. I, col. 1034-1038.
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