‹ Bernold de ConstanceChapitre 5 sur 24 · DES PAPES · texte numérisé non relu

DES PAPES

Si l'on considère le célibat comme l'état normal du clergé, et si Ton admet que depuis le VP siècle cette loi avait été imposée peu à peu par un grand nombre de conciles dans les divers pays, et étendue à toute l'Eglise par les décisions des papes (1), nous nous trouvons, au xi® siè-

(1) Cf. Mirbt, p. 201.

cle, eu face d'au spectacle lamentable. Le mariage des prêtres était élevé à la hauteur d'une institution régulière, et, d'une façon générale, le mariage d'un prêtre n'étonnait pas davantage que celui d'un simple laïque (1). Il était aussi resi)ecté et aussi aimé après qu'avant son mariage. Plus d'un évêque avait aussi sa femme (2), et, de même que l'épouse du prêtre avait son nom, jweshytera, celle de l'évêqiie avait son titre, episcojnssa. î^on contents de donner l'exemple, desévêques, tel Otiion de Constance, invitaient positivement leur clergé à se marier au plus vite. Ces conseils étaient d'autant mieux écoutés que la cléricature, par suite des investitures et de la simonie, était devenue une sorte de métier. Beaucoup entraient dans les ordres sacrés parce que le prince les gratifiait d'un évêclié, d'une abbaye, ou d'un bénéfice; mais, comme ils n'avaient x)as l'esprit de leur vocation, ils continuaient à mener la vie du monde. Et il arrivait, par exemple, que l'on étiiit obligé de demander aux Allemands un prêtre célibataire pour en faire le pape Clément II, parce qu'il ne s'en trouvait pas à Eome qui ne fût engagé dans le mariage (3). En d'autres endroits comme à Milan, ou tenait en suspicion. les prêtres non mariés et observant la continence (4). D'ailleurs l'accueil qui fat fait aux mesures de Grégoire VU nous prouve à quel x>oiiit le mariage des prêtres était passé dans les mœurs.

Lorsque l'évêque de Passau, Altmann, voulut imposer le célibat à son clergé, suivant les i)rescriptions du pape,

(1) Cf. le moine Jean, dans Âcta snnctorum, Feb., t. HT, p. 429; Didier, P. L., t. CXLIX, col. 1002 ; 13rimon de Seg-ni, M. G. SS., t. XII, p. 17; le moine André, ibicL, t. VIII, p. 73.

(2) Cf. P. Damien, P. L., t. CXLV, col. 124 ; P. L., t. CXLVIII, col. 370.

(3) Cf. Bonizo, M. G. L/b., t. I, p. 586.

(4) Cf. Landulfe, M. G. SS,, t. VIIT, p. 70.

il réunit le concile des frères efc y fit lire les lettres qu'il avait reçues à ce sujet, ajoutant une chaleureuse exhortation. Ce fut en vain; on lui opposa les antiques traditions, l'autorité de ses prédécesseurs, et, comme malgré toutes ces résistances, il essayait d'un coup de force proclamant les lettres apostoliques, au jour de la saint Etienne, devant le clergé, le peuple et tous les grands, des cris de fureur se firent entendre et Altmann aurait été massacré, si les princes ne l'avaient enlevé des mains des énergumènes (1). Gauthier, abbé de Pontoise, fut moins heureux. Un concile s'était réuni à Paris, pour savoir s'il fallait obéir aux ordonnances du seigneur pape touchant le célibat ecclésiastique. Tous furent unanimes aies déclarer absurdes, et on les repoussa. Gauthier essaya d'intervenir, sans oser toutefois défendre ouvertement le célibat. Il prouva que l'on devait obéissance aux supérieurs, mais mal lui en prit, car, à peine avait-il parlé, que de tous côtés on se précipita sur lui. Il fut roué de coups, couvert de crachats, traîné dans les i)risons du roi, et ce fut avec peine que quelques-uns de ses amis parvinrent à l'en tirer (2).

On pouvait donc s'attendre à une opposition considérable, du moment où l'on voudrait abolir ce que l'habitude et la nature avaient si bien enraciné, d'autant mieux que les décisionsles plus formelles, celles del^icolasll(1059) (3) et d'Alexandre II (1063) (4), étaientrestées jusque là lettres mortes. Grégoire VII cependant n'était i)as homme à se laisser intimider. Une fois en possession du souverain

(1) P. L., t. CXLVIII, col. 878.

(2) Cf. Acta sanctorum, Aprilis, t. I, p. 755.

(3) P. L., t. CXLIII, col. 1315.

(4) P. P., t. CXLVI, col. 1289.

pouvoir, il mena à bonne fin ses idées de réforme. Dès 1073, il rappelait la loi du célibat (1). Eu 1075, au synode romain, il la promulguait de nouveau (2) solennellement, défendant au peuple d'assister aux oÊftces des clercs qui ne tiendraient pas compte de ses ordonnances, et, pour ramener le clergé au devoir, il écrivait lettre sur lettre, ordonnant de réunir des conciles dans lesquels il se faisait représenter j^ar ses légats. ]!!Tous avons vu à quelles résistances il se heurta. Partout, àEouen, à Cambrai, à Erfart, à Brascia, ce furent des récriminations, des violences contre les partisans de la réforme. On répondit au pape, et l'on essaya, en s'appuyant sur les exemples tirés de l'histoire du peuple juif, en s'autorisant des paroles d.e l'Ecriture ou des textes des Pères, en j^rétextant les dangers du célibat pour la vertu de la plupart des prêtres, de montrer l'inopportunité d'une pareille mesure. Il est à remarquer, en effet, que l'auteur du De continentia clericorum (3), Sigebert de Gembloux (4), Wenrich de Trêves (5) et l'antipape Clément III (6) lui-même, n'ont jamais mis en doute la supériorité du célibat ecclésiastique, mais, tout en faisant cet éloge de la chasteté sacerdotale, aucun d'eux n'avait la force de l'imposer aux prêtres.

Le pape trouvait surtout des défenseurs (7) parmi les moines, et, en x>articulier, parmi les moines bénédictins. N'était-ce pas, d'ailleurs, à Cluny, le foyer de rcs[)rit bénédictin, que Grégoire VII avait puisé les principes

(1) C'hron. de Bernold, M. G. SS., t. Y, aJ aun. 1073.

(2) Ibld., ad ann. 1075.

(3) M. G. Lib., t. J, p. 255.

(4) Ibld., t. Il, p. 437-448.

(5) IbuL, t. I, p. 284.

(6) Ibid., t. I, p. 622.

(7) Manegold, M. G. Lib., t. T, p. 308; Bonizo, ib d., p. 571.

dont il s^inspirait dans la réforihe de l'Eglise ! C'était donc un Ijien commun que Grégoire YII et les moines de saint Benoît défendaient ensemble. Ils étaient cependant peu nombreux en comparaison de leurs adversaires : la plupart des écrits composés à cette occasion sont opposés à la réforme.

Berndld n'était pas encore moine quand il prit part à ce conflit, mais, disciple de ce Bernard si plein de zèle pour le Saint-Siège (1), il savait, comme son maître, se dévouer à la cause de saint Pierre. C'est ce qui nous explique son intervention en faveur de Grégoire VII.

Nous i)ossédons de Bernold, sur cette question, un certain nombre de lettres qu'il échangea avec Alboin. — C'était un prêtre, peut-être le collègue de Bernard dans l'école de Constance (2), peut-être aussi membre d'un chapitre (3). Il avait une certaine culture littéraire, fréquentait les poètes païens et affectait un dilettantisme qui faisait contraste avec la gravité de Bernold. — Ils avaient eu déjà ensemble une discussion orale sur le mariage des prêtres, mais ils avaient dû se séparer sans pouvoir s'entendre (4). Peu après, Bernold renouvela le débat dans une lettre qu'il écrivit à Alboin. Alboin répondit, et cette correspondance se prolongea jusqu'en 1076.

Peut-on établir quelques rapports entre ces écrits et les mesures prises par Grégoire YII dès 10731 A s'en tenir à ces lettres, on ne peut pas le prouver d'une façon absolue pour les quatre premières; et si, dans les deux dernières, il est fait mention des décrets i)ortés au concile de 1075,

(1) Cf. Chron. de Bernold, M. G. SS., t. V, ad ann. 1038.

(2) Thaner, M. G. Lib., t. Il, p. 6.

(3) IMd., p. 11.

(4) Ibid., p. 7.

s'il est dit d'Alboin qu'il fut la tête et le porte-parole du parti contraire, ce n'est qu'une allusion en passant. Toutefois CCS rapports existent certainement, comme le montre le prologue de VApologetieus super décréta. L'auteur le dit lui-même.

Dans V Apologeticiis super décréta composé peu après, Bernold revenait encore à cette question, mais, cette fois, il s'adressait directement à ceux qui repoussaient les décisions du pape et il avait pour but de montrer qu'elles étaient conformes à la doctrine des Pères de l'Eglise. Ces divers écrits se complètent et nous donnent toute la pensée de Bernold. Ils nous donnent aussi comme un résumé de toute la discussion qui s'éleva entre les deux partis, puisque Bernold nous fait connaître les arguments de ses adversaires en essayant de les réfuter; de fait, à lire les autres écrivains qui s'occupèrent de ce sujet, nous voyons qu'il en a été l'éclio fidèle.

§ Il

INTlîliVENTION DE BEUNOLD. — CONTROVERSE

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