‹ Bernold de ConstanceChapitre 7 sur 24 · DE NICÉE ; L'ÉPISODE DE PAPHNUCE ; LES DIACRES · texte numérisé non relu

DE NICÉE ; L'ÉPISODE DE PAPHNUCE ; LES DIACRES

DE SICILE; l'argument D'ÉCRITURE SAINTE.

Il est à remarquer tout d'abord que Bernold adopte comme base de son argumentation le principe de l'autorité des papes et des conciles. î^ous pouvons le signaler une fois pour toutes, il suit cette méthode de préférence à toute autre. Non pas que l'Ecriture Sainte ait moins de valeur à ses yeux, mais, en pratique, il ne lui donne que le second rang, ou plutôt, il ne comprend pas les textes de l'Ecriture sans les interprétations des Pères de l'Eglise.

Nous avons vu comment Bernold, pour justifier les mesures de Grégoire Vil sur le célibat des prêtres, avait invoqué avant tout une décision du concile de Nicée défendant aux clercs d'avoir chez eux une suMntrodiicta, de quels moyens il usa pour infirmer le récit de Sozomène dont s'autorisait Alboin. Malgré toutes ses raisons, Bernold n'arrivait pas à établir que cet épisode de Paphnuce rapporté par Sozomène était une fable. Il affirmait sans preuve, et, cette fois, la vérité était du côté d'Alboin.

Plusieurs auteurs, il est vrai, Baronius (2), Yalois (3), ont regardé ce récit comme apocryijhe; mais leurs argu-

(1) M. G. Lib., t. II, p. 26.

(2) Ad ann., 58, n. 21.

(3) Annotât, ad Socrat. Hist. eccl., I, 11.

ments ne sont pas sérieux, et Noël Alexandre (1), Héfélé (2) les ont réfutés abondamment. Plus récemment M. de Bruglie (3), dans son étude sur le règne de Constantin, a montré la parfaite vraisemblance de cette intervention de Paplmuce. Il nous suffira de dire que ce récit est en harmonie avec la pratique de l'Eglise grecque dans les siècles qui suivirent. Tous ceux qui entraient dans les ordres, une fois mariés, pouvaient continuer à vivre dans le mariage. On alla jusqu'à permettre aux diacres de se marier après leur ordination, s'ils avaient auparavant posé cette condition à leur évêque. Même de nos jours, dans cette Eglise, il n'y a que le haut clergé à qui l'on impose le célibat.

Ce qui induisait en erreur Bernold et tous ceux qui ont contesté l'authenticité du récit de Sozomène, c'est qu'ils voulaient à toute force trouver la loi du célibat dans la défense faite à tout clerc par le concile de Nicée d'avoir chez lui une suhintroducta f Or qu'étaient-ce que les subintroductœ f C'étaient des personnes non mariées, avec lesquelles des clercs ou des laïques contractaient une sorte de mariage spirituel. Le but était uniquement de s'encourager dans la pratique de la vie chrétienne. Mais il s'ensuivit bientôt des désordres, et les conciles défendirent ces sortes d'unions. Le concile de Nicée alla plus loin et ne perniit aux clercs d'introduire dans leur maison que leur mère, leur sœur, leur tante ou une personne à l'abri de tout soupçon. Mais il n'excluait pas l'éjpouse du clerc, et par là même il n'ordonnait pas le célibat puisque, à cette époque, les clercs minorés avaient le droit de se marier, et nous

(1) Hlstoria eccleslastlca, Sec. IV, diss. 19, Venise, 1778, t. IV, p. 389.

(2) Héfélé, t. I, p. 424.

(3) Alb. de Broglie, L'Eglise et VEmpire romain au IV« siècle, règne de Constantin, 5" édit., Paris, 1867, t. II, p. 430-434.

suivons que, dans l'Eglise grecque, les prêtres, diacres et sons-diacres mariés avant leur ordination pouvaient toujours vivre avec leur femme. Cependant c'était à tous les clercs que le concile défendait d'introduire chez eux nne suMntroducta. .

Ce raisonnement dont Bernold croyait tirer un si grand profit portait donc à faux, il ne renversait pas l'argumentation d'Alboin (1). Par là même sont infirmés les témoignages des papes Sirice, Grégoire, Zacliarie, de saint Jérôme. Leurs textes, qui se réfèrent au concile de I^icée, n'ajoutent rien à la preuve et doivent s'interpréter comme le 3® canon du concile.

Bernold était certes plus heureux quand il citait le pape Sylvestre et rapportait le décret du synode de î^éocésarée frappant de snspense le prêtre qui se mariait; mais, outre que le texte du pape Sylvestre était apocryphe (2), il ne disait pas, et le canon du concile ne le disait pas davantage, s'il était défendu au prêtre marié avant son sacerdoce de continuer à vivre avec sa femme. Cependant c'était nne partie de la question à discuter et x^eut-être la plus grave.

En réalité, seul le témoignage des évêques réunis à Cartilage pouvait servir à Bernold pour défendre sa cause : ils avaient imposé aux clercs la chasteté absolue, ioi omnibus.

Bernold avait donc été bien mal inspiré dans son choix de textes des Pères, car ilg étaient nombreux les conciles qui, depuis celuid'El vire (305) jusqu'au xi^ siècle, avaient

(1) Ce chapitre de VNlstoria trlpartita fut condamné par Grégoire VII au synode romain de 1079. Cf. Chron. de Bernold, M. G. SS., t. V, ad ann. 1079.

(2) Jaffé, Regcsta ■poutlficuni, 2"^ éd., Leipzig 1888, p. 29.

imposé en Occident le célibat au clergé. Faut-il voir dans ce silence une insuffisance d'inform'ation ? Peut-être aussi Bernold, croyant irréfutable cette décision du concile de ISTicée, avait-il jugé inutile d'en appeler aux conciles particuliers. L'autorité de l'Eglise était bien, dans cette matière, la seule vraie preuve à invoquer, i^uisque le célibat des prêtres est d'institution ecclésiastique, mais encore fallaitil bien choisir les textes, et Bernold n'eCit-il opposé à son adversaire que les décrets de Grégoire VII supérieur comme x)ape aux conciles et aux évêques, ce seul argument aurait prouvé sa thèse.

Sur le fait des diacres de Sicile, une erreur était commune aux deux antagonistes. L'un et l'autre parlaient de « diacres ». Or, d'après la lettre de saint Grégoire, les clercs dont le pape avait voulu régler la situation étaient seulement sous-diacres. L'argumentation de Bernold devient donc plus forte, puisque la question du célibat était déjà tranchée pour les diacres.

î^ous voyons aussi, dans cette môme lettre, que saint Grégoire n'a pas frappé d'un interdit les clercs usant de la permission qui leur avait été accordée, et c'était une idée personnelle que Bernold avait émise, quand il se demandait si les clercs, continuant à vivre dans le mariage, ne renonçaient pas ainsi à exercer encore leurs fonctions de diacres. Alboin reprochait donc injustement à son adversaire d'amplifier la lettre du pape. A son tour, Bernold faussait la pensée de son contradicteur. JSTulle part Alboin ne dit que saint Grégoire félicite les diacres d'user de la liberté concédée.

Les arguments empruntés à l'Ecriture Sainte n'échappentpas àlacritique.Bernolda raison dédire incompatibles la vie de mariage et la mission du prêtre qui doit prier

sans cesse et offrir chaque jour le sacrifice deVautel; mais cette incompatibilité n'est pas absolue, comme il le prétend, et l'on peut concevoir l'union de ces deux états d'oii résulte un état inférieur sans doute, mais régulier. Le prêtre marié remplira moins bien les fonctions de son ministère, mais il pourra les remplir. On ne peut donc tirer des paroles de saint Paul conseillant la continence pour le temps de la prière qu'une raison de convenance en faveur du célibat et non une véritable obligation.

Les mêmes réserves s'imposent sur cet autre texte de l'apôtre exigeant de l'évêque qu'il soit un modèle de bonnes moeurs. Bernold, partant de ce principe que le sacerdoce ne se comprend pas sans la chasteté absolue, essayait de montrer que saint Paul en avait fait positivement une obligation stricte aux évêques, aux prêtres et aux diacres. Cette nécessité ne ressort pas du texte, d'autant moins que saint Paul fait un devoir à l'évêque de savoir conduire sa famille, de tenir ses enfants soumis en toute honnêteté, et qu'il trace une ligne de conduite aux femmes des diacres. Il y a une chasteté conjugale qui explique les recomuiandations de l'apôtre, même s'il parle à des prêtres mariés et continuant à vivre dans le mariage.

Ses conclusions étaient aussi exagérées, quand il prétendait trouver l'obligation du célibat dans cette recommandation : « Que l'évêque ait des enfants fidèles qui ne soient ni accusés de débauche ni rebelles. » Il y a un milieu entre la vie de débauche et la vie de chasteté parfaite, et, dans ce juste milieu, l'évêque pouvait donner le bon exemple à ses enfants.

L'interprétation de ces textes par Bernold était donc bien subjective. Ailleurs elle était tout à fait fantaisiste, quand il prétendait prouver sa thèse par ces paroles des

évangiles : « Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez i)oint dans le royaume des cieux. » Cette justice que Jésus prêchait aux foules, c'était, comme le montre l'ensemhle du discours, l'observation intégrale de la loi divine jusque dans les moindres commandements.

Kous aurons l'occasion de mieux constater dans la suite de cette étude cette tendance de Bernold et de ses contemporains à prêter aux textes un sens qu'ils n'ont pas une fois replacés dans leur contexte.

Cette discussion se réduit donc en réalité à ]3eu de chose, et tout au plus peut-on en retenir, avec le principe de l'autorité du pape afûrmé si souvent par Bernold, une preuve de convenance tirée de l'Ecriture Sainte qui imposant au prêtre une vie de prière lui impose la condition de son état : la séparation du monde.

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