‹ Bernold de ConstanceChapitre 9 sur 24 · LA VENTE DES CHARGES ECCLÉSIASTIQUES. — LES DÉCRETS DES PAPES · texte numérisé non relu

LA VENTE DES CHARGES ECCLÉSIASTIQUES. — LES DÉCRETS DES PAPES

Depuis les débuts de l'Eglise, il s'était rencontré des clercs qui faisaient de leurs fonctions une source de revenus; mais ce fut surtout au x^ et au xi^ siècle que se répandit en Allemagne, en Italie et en Gaule, la vente des dignités ecclésiastiques, des évêcliés, du souverain pontificat luimême. La piété et la générosité des princes et des fidèles avaient assuré d'importants revenus à un grand nombre de sièges épiscopaux; les évêques, les abbés étaient

devenus des seigneurs puissants. Les empereurs avaient donc tout intérêt à voir à la tête des diocèses et des abbayes des amis prêts à leur rendre des services, au lieu d'adversaires qui pouvaient leur créer des ennuis. Par leur influence, par leur droit de patronage, ils en arrivèrent à faire eux-mêmes les nominations épiscopales, et bientôt ils eurent la prétention de conférer tous les pouvoirs même spirituels au nouvel élu, en lui donnant Tinvestiture par la crosse et par Panneau. Cet abus en amena un autre. Quand les empereurs et les rois se trouvèrent à court d'argent, ils vendirent les évêcliés et les abbayes, et il ne manquait pas de clercs ambitieux, sans conscience, qui achetaient à prix d'argent les hautes fonctions de l'épiscopat en même temps que les droits de grand seigneur. Une fois en possession de leur charge, ils ne songaient plus qu'à en tirer profit, et, à leur tour, ils vendaient les bénéfices, donnant les saints ordres à des laïques sans vocation, exigeant une somme d'argent pour la consécration des églises. Ainsi, depuis le sommet de la hiérarchie jusqu'au dernier degré, c'était à qui réaliserait les plus beaux revenus. Tous les moyens paraissaient légitimes l)Our arriver au but désiré, et il faut lire, dans Lambert de Hersfeld (1), le récit de la nomination de Euozelin à l'abbaye de Fulda pour voir quels ravages la cupidité avait faits clans beaucoup de monastères de la Germanie. Parfois le drame se changeait en comédie, comme le montre l'histoire (le cet abbé (2) qui, après toutes sortes de mésaventures, ayant obtenu un bénéfice, fut mis à la porte par ses moines et écouduitpar Henri IV à qui il réclamait son argent. A l'époque qui nous occupe, la crise était à son état aigu.

(1) M. G. SS., t. V, ad. ann. 1075.

(2j Ib cl., ad ann. 1071.

Suivant Pierre Damien (1), il n'y avait peut-être pas une église qui n'eût quelque ministre simoniaque, et Grégoire VII, exprimant sa douleur et sa tristesse à Hugues de Cluny, lui écrivait : « Lorsque je considère l'occident, le midi, le septentrion, c'est à peine si je vois quelque évêque dont la promotion et la vie soient sans reproche et qui gouverne le peuple chrétien par amour du Christ et non pour des motifs d'ambition mondaine (2) ». Il fallait donc une réforme profonde, et les écrivains des deux partis la réclamaient. Adversaires et partisans du jiape s'accordaient pour condamner cette hérésie, cette idolâtrie, et proscrire ces nouveaux Judas (3).

C'était un rude labeur à entreprendre, tellement le mal était invétéré, et l'on croyait plus facile de convertir un juif que de guérir un simoniaque (4). Jusqu'en 1045, l'Eglise dont la tête avait été comme paralysée par les factions j)oli tiques, n'avait pu entreprendre une lutte efficace. Devenue plus libre, vers cette époque, grâce à la protection d'Henri III d'Allemagne, elle essaya, avec son concours, de porter remède au mal. Dès lors, il n'est peutêtre pas de concile tenu en Occident oti l'on n'ait pris des mesures contre la simonie. Sous les pontificats de Léon IX, Yictor II, Etienne IX, Nicolas II, Alexandre II, Hildebrand, le futur Grégoire VII, fut l'inspirateur de ces actes d'autorité. Devenu pape, il exerça une répression encore plus ferme. Il débuta par une nouvelle promulgation des décrets relatifs à l'achat et à la vente des charges ecclésiastiques. En 1075, au synode romain, il fut décidé que

(1) M. G. Lit)., t. I, p. 58.

(2) P. L., t. CXLVIIl, col. 399; cf. Chron. de Bernold, M. G. SS., t. V, ad ann. 1069, 1071, 1074, 1075.

(3) Humbert, M. G. Lib., t. I, p. 100.

(4) P. L., t. CXLIV, col. 987.

« Quiconque s'est rendu coupable de simonie, c'est à-dire, a obtenu à prix d'argent un ordre sacré ou une dignité ecclésiastique, devient, par le fait même, inhabile à remplir une charge dans l'Eglise. Quiconque a obtenu à prix d'argent une église, perd cette église: à l'avenir, il ne sera plus permis à personne de vendre ou d'acheter une église. >> Comme pour le mariage des prêtres, il ne se trouva aucun écrivain pour défendre directement la simonie, et, si les décrets du concile furent l'occasion d'une polémique, ce ne furent pas les théories du pape que l'on attaqua, mais sa personne. On lui reprocha seulement de condamner ce qu'il pratiquait, disait-on, par ses légats, et d'interdire à ses subordonnés des moyens dont il s'était servi luimême pour arriver au souverain pouvoir (1). Parmi les moines et les prêtres dont l'instruction était assez rudimentaire, on allait plus loin et l'on mettait en doute la légitimité des mesures de Grégoire VII. Ce fut à ces derniers que s'adressa Bernold dans son Apologeticus super décréta (2), et, cette fois encore, il voulut leur montrer que ces décrets étaient conformes à la doctrine des Pères et par conséquent qu'ils devaient s'y soumettre.

§ Il

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