Berryer
L'an dernier, à l'époqtie même où partU sa célèbre Encycliqîte attx catholiques français , Léon XI II s' entretenait avec l'évêqtie de Rodez, Mgr Bonrret. Ils parlaient de la France, de ses destinées, de son attacheinent à l'Eglise, et le Saint- Père expritnait avec chaleur son affection pour notre pays. Tout à coup, se retotirnant vers l'évêqjie : « // voîis faudrait U7i orateîir, dit-il, zme grande voix qîii parlât à la France! » Et se rappelant sans doute que personne, en ce siècle, n'a plus travaillé que Berryer à la pacification politique, à la réconciliation des esprits et des cœurs, le Souverain Pontife ajouta en levant les bras au ciel: « Où est Berryer? Oïl est
Ces simples paroles — tombant de si haut — sont un des plus beaux éloges qui aient jamais été adressés à Berryer; elles ont dû faire tressaillir de fierté dans sa tombe le vaillant chrétie7i, et noîis avons te^iu à les rappeler en tète de cet otivrage, comme une bénédictioti et comme tme espérance.
Non, Berryer 71 'est plus là! Nous le sentons profondément. Voilà déjà vingt-cinq ans qtte sa grande voix s'est éteinte. Il n 'est plus là potir nous rallier, poîir nous encottrager, pozir nous entraîner aux nobles combats. Mais sa mémoire, ses vertus, ses exemples, sa vie notes restent, nous parlent encore avec éloqtierice et petivent, sinotis le voulons, nous inspirer de généreux efforts, de viriles résolutions . C'est tout le but de ce livre, leprem^ier un peit complet qui paraisse stir l'orateur. Si notre travail 7t'en était trop indigjie, nous serions fier de
le dédier à la Jeunesse française, car c 'est en pensant à elle que nous l'avons écrit.
Elle y trouverait non setilement l'intérêt souvent dramatique d'une grande vie remplissant, animant et honorant les deux tiers de notre siècle, elle y trouverait tm de ces Jwm)nes qui font véritablement honnetir à l'homme, un type de fidélité incotnparable , qui vit dix-sept fois changer le gouverne^ncnt de son pays sans changer lui-même, un caractère chevaleresque auquel on ne petit penda^tt soixante ans de vie publique reprocher un seul mensojige , un jnodèle de désintéressement : à M. de Rothschild, qui veut l'associer à je ne sais quelle affaire financière , il répond par un « jamais i> si énergique qu'on n'y revint pas ; à un autre, étonné qu'il ne cherche point à s'enrichir, n'ayant pour cela qti'à se baisser: « C'est vrai, dit Berryer, mais il faudrait se baisser! »
Elle y trouverait les plus belles pages de celui qu 'on a si souvent appelé le Dé mosthène français, et que Royer-Collard jugeait supérieur à Mirabeau hd-même.
Elle y trouverait un orateur vraiment national , « le plus Français de tous les Français », demandant au patriotisme ses plus éloquetites ijtspirations, défenseur de totites les libertés, mais surtout des graiide s causes vaincties, des exilés et des persécutés.
Elle y trouverait tm chrétien sans peur, guettant au service de l'Eglise et de ses droits sa grande éloquence, gardant fidèlement dans son cœur sa foi d'enfant, et couronnant par jcne mort sublime quatre-vingts années d'une vie admirable .
E)i un mot, elle y trouverait, pour employer l'expression d'un grand homme d'Etat ajtglais, lord Palmerston, elle y trouverait « tm modèle de perfection ».
Collège de Juilly, le jour de Pâques, 2 avril 1893.