M™* de Janzé, Souvenirs, p
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Juillet. L'illustre avocat détendit, en outre, plusieurs foin la Gazette de France, la Quotidienne et le Rénovate^iv, accusés d'avoir attaqué le roi et le gouvernement. Il plaida pour l'Association de Saiui-Louis établie dans le but de secourir les personnes que la révolution de 1830 avait privées de leurs moyens d'existence. De concert avec Odilon Barrot, il assista M. Ledru Rollin, poursuivi pour avoir exprimé pendant une pi'riode électorale des idées subversives. Nous ne pouvons entrer dans le détail de ces divers procès ni même les signaler tous. « Là, dit très bien M. Cauvière, sous le couvert de son ministère, en présence d'hommes non habitués au métier de juges, souriant à l'essor du génie, et ne demandant qu'à être eux-mêmes soulevés, M. Berryer s'abandonnait à toutes les véhémences de son àme. Il prenait ses auditeurs pour confidents, il versait dans leur cœur ses plaintes brûlantes, dont la contrainte prolongée doublait l'intensité. Il attestait la France en leur personne de sa droiture d'intention, de sa clairvoyance prophétique. Il vendait au pouvoir, à des prix sanglants, la condamnation qu'il ne pouvait prévenir, l'application de la loi qu'il avait vainement combattue à la tribune K »
Si les princes s'adressaient à Berryer, comme nous venons de le voir, les gens du peuple, les pauvres, les ouvriers, avaient aussi recours à son éloquence et n'étaient jamais repoussés. Le procès Dehors en est une preuve, en même temps qu'il fait ressortir la délicatesse et le désintéressement du grand avocat.
Dehors était un fermier des environs d'Evreux. L'incendie de plusieurs maisons habitées eut lieu dans son voisinage. Un berger et une servante en furent accusés et prétendirent
\. Cauvifîre, Berryer, sa vie judiciaire, p. 55.
qu'ils avaient commis ce crime à l'instigation de Dehors, entraînés par ses dons et ses promesses. On le traduisit donc comme complice devant le jury d'Évreux. « A la veille de plaider, raconte Berryer, l'avocat d'Évreux tombe malade. On arrive en hâte à Paris, on me demande si je veux remplacer un confrère. Je lis la procédure en un jour. J'entrevoib la possibilité de faire triompher l'innocence, je pars pour Évreux. Les débats complètent ma conviction i.... » Dehors n'en est pas moins condamné aux travaux forcés à perpétuité. Convaincu qu'il n'est pas coupable, Berryer s'acharne à le sauver et fait casser l'arrêt par la Cour suprême. Voilà de nouveau Dehors devant les assises de la Seine-Inférieure : « Jugez comme vous voulez, s'écrie Berryer, quant à moi je m'en vais ; sachez seulement que cet homme est innocent. » Malgré tout, la même peine est prononcée. Berryer en appelle encore, et fait tant qu'il obtient un nouvel arrêt de cassation. Quand pour la troisième fois, le 18 juillet 1836, le malheureux fermier est amené devant le jury de la Seine, ce n'est plus seulement le public entassé dans la salle d'audience, c'est le pays tout entier qui se passionne et attend avec angoisse le verdict définitif. « En vain, s'écrie Berryer, on a choisi pour présider ces débats le magistrat le plus habile et le plus expérimenté ; la nullité y est ! En vain a-t-on placé près de lui ce greffier si profondément versé dans la connaissance de la procédure criminelle. — Greffier! votre plume trébuche, la nullité y est ! Eji vain deux fois vous avez frappé cet homme, deux fois la Cour suprême a brisé votre arrêt. Eh quoi ! vous ne comprenez pas que la Providence ne veut pas qu'il soit condamné!.... » Et il dépeint de nouveau la vie modeste et honnête de Dehors ; il parle avec un accent de
conviction inexprimable. Bientôt, dit le compte rendu, sa voix se trouble, des pleurs coulent de ses yeux.... < Pardon, Messieurs les jurés, pardon, supplie-t-il, mais je connais si bien cette famille ! » Alors l'émotion est à son comble dans l'auditoire ; DeRors et sa famille fondent en larmes.
Berryer fait ressortir ensuite le complot tramé contre l'accusé par le berger et la servante dans le but d'améliorer leur situation. Il prouve péremptoirement que les entrevues dans lesquelles Dehors leur aurait remis de la poudre pour mettre le feu sont impossibles et inventées....
Devant tout le monde, au milieu de cette foule, Dehors aurait re* mis ce paquet au berger!.... D'où le tirait-il? De sa poche apparemment. Mais alors que l'incendie de Morey éclate, où est-il ? Aux AxLthieux. « Prends mon bidet, » lui dit son oncle. Il arrive ; il saute à cheval, jette son habit aux mains de la femme Chapelain, se met à la chaîne, et c'est là, aussitôt que l'incendie s'apaise, au milieu de la foule, quand la fièvre brûlante de la terreur s'est calmée, que la curiosité a pris sa place, que chacun se consulte, examine et cherche la cause de ce désastre ; c'est là que pour faire mettre le feu à la maison de Chapelain, il donne à Lefebvre, quoi? Quatre paquets de poudre réunis dans un seul avec 2ôO fr. en argent. Et ce paquet, où l'a-t-il pris ? Ce n'est pas chez lui : la porte était fermée; les clefs étaient chez Lecoq. Il avait donc le paquet sur lui, à cheval, dans la poche de son gilet, au milieu des flammes, quand il porte entre ses bras des débris embrasés ! Cela est-il possible ? Et il faut que je vous démontre que cela est impossible! Mais.... je suis fou!.... Je suis fou de répéter de pareilles choses i 1
Et les acclamations éclatent de toutes parts, et on raconte que le président, se sentant lui-même gagner par l'enthousiasme général, étreint nerveusement la table placée devant lui : « N'applaudissez pas , s'écrie-t-il, n'applaudissez pas, je vous en conjure, je vais manquer à mon serment 2. a