Univers illustré, 1868. Article signé : Maître Guérin
2. Bien longtemps après, Berryer traversait Etampes, où s'était flxée la famille Dehors. Quelle ne fut pas la surprise, la confusion de l'avocat en apercevant cinq ou six personnes agenouillées sur le trottoir par oîi il devait passer. C'étaient ses anciens clients qui, informés de sa présence, voulaient iui exprimer une dernière fois leur reconnaissance.
barras, car comment reconnaître un tel service? Elle prit 1,000 francs, fruit de ses longues économies, et les porta à Berryer. Celui-ci refusa énergiquement, et comme elle insistait de même : « Voyons, dit-il, puisque vous y tenez absolument, donnez-moi un objet quelconque de votre magasin. » Et la marchande de courir chercher un magnifique encrier de porcelaine qui valait bien trois francs. On ajoute que Berryer s'attacha tellement à cet encrier qu'il s'en servit tout le reste de sa vie et l'emportait même dans ses voyages K
« Né dans les classes moyennes, a-t-il dit de lui-même, fils du travail de son père et de son propre travail, » Berryer aimait profondément le peuple. Les questions sociales le préoccupaient; une meilleure organisation du travail et l'amélioration du sort des ouvriers faisaient partie de son plan de restauration. En 1845, les compagnons charpentiers de la Seine sollicitèrent et obtinrent d'être défendus par lui. Ils étaient en lutte avec leurs patrons, auxquels ils demandaient que le salaire de la journée fût porté de 4 à 5 francs et que le marchandage, c'est-à-dire le travail à la tâche, fût formellement interdit. Les patrons refusaient ; la presse encourageait les charpentiers ; ils se mirent en grève. Gomme il arrive trop souvent en pareil cas, quelques actes de violence furent commis. Tout en réprouvant ces excès, Berryer revendiqua avec énergie et conviction le droit aux ouvriers de se grouper pour soutenir leurs intérêts et la légitimité de leurs réclamations présentes :
L'union, dit-il, est le premier besoin des hommes, le droit le plus légitime de ceux qui ont une position commune, un intérêt commun, un besoin commun de s'entendre et de se concerter ensemble, s'ils emploient des voies et des moyens légitimes. Oui, c'est là le droit de tout homme, le droit de l'intelligence, le droit de s'accorder par les