Œuvres parîem,, IV, p
bandes d'ouvriers conduits par Blanqui, Barbes et Raspail entourèrent l'Assemblée, et, pendant deux grandes heures, remplirent la salle des séances de leurs clameurs et de leurs violences. Sous prétexte d'amener une intervention en faveur de la Pologne, ils cherchaient à provoquer la dissolution de la Constituante, qu'ils trouvaient trop modérée. Ce jour-là, Berryer et ses amis firent les plus grands efforts pour rétablir l'ordre. M. de Kerdrel harangua les troupes, M. de Failoux monta à cheval avec Ledru-RoUin et Lamartine pour défendre la République, tandis que Berryer, demeuré au Palais-Bourbon, insistait pour que l'Assemblée reprit majestueusement ses délibérations, se déclarât en permanence et décrétât d'accusation les auteurs de l'émeute. « Il faut que la souveraineté de l'Assemblée demeure avec sa majesté entière. Cette souveraineté, c'est la vie de la nation ; si elle est menacée un jour, elle sera vengée par la force des lois et par l'autorité publique K » Cette attitude resta la même pendant les journées de juin. Berryer vint au faubourg Saint-Antoine et Victor Hugo lui trouva « grande mine à la barricade. » Toutefois l'orateur ressentait une tristesse profonde à la pensée du sang versé dans ces luttes fratricides; plus que jamais il pensait que la République n'était pas pour la France le gouvernement du repos et de la prospérité.
Chateaubriand, on le sait, expira le 4 juillet 1848. M. Al. de Tocqueville raconte ainsi cet événement : « Depuis longtemps il était tombé dans une sorte de stupeur muette qui laissait croire par moments que son intelligence était éteinte. Dans cet état pourtant, il entendit la rumeur de la révolution de février ; il voulut savoir ce qui se passait, on lui apprit qu'on venait de renverser la monarchie de Louis-Philippe; il dit: