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CHAPITRE IV

BERRYER ET LES GÉNÉRAUX DE l'eMPIRE (181D-1816)

Lorsqu'au commencement de mars 1815 éclata à Paris la nouvelle du débarquement de Napoléon, d'ardentes manifestations royalistes se produisirent. Une foule- inquiète et sympathique envahit les Tuileries. Sur des tables placées dans les cours, les jeunes gens vinrent s'inscrire en masse parmi les volontaires royaux. Berryer fut des premiers; avec lui Villemain, Odilon Barrot, Cousin, et bien d'autres devenus célèbres. Ils parcouraient les rues, drapeau blanc en tête, en criant : Vive le Roi ! et les dames leur jetaient des fleurs. Louis XVIII n'en partit pas moins pour l'exil, et quand Napoléon arriva, porté sur les bras de ses grenadiers, tout rentra dans le silence.

Pendant les Cent-Jours eurent lieu les débuts de Berryer au barreau. La première fois qu'il plaida, son trouble fat extrême. Il récita son discours sans rien voir, sans rien comprendre, et si le président ne l'eût soutenu de ses regards bienveillants, l'échec eût été complet. — L'affaire Saint-Clair le fit connaître. Cet officier, accusé d'assassinat, avait été condamné à mort par le conseil de guerre. Berryer le défendit en appel. « Sa plaidoirie, dit la Quotidienne, a produit une

si grande sensation dans l'auditoire qu'au mépris des règlements des applaudissements se sont fait entendre. » Le conseil, écartant la préméditation, commua la peine de mort en celle des travaux forcés et de la dégradation. Mais quand on voulut, en pleine audience, enlever sa croix au jeune officier : « Que personne ne me l'ôte ! s'écria-t-il, je n'ai jamais manqué à l'honneur ! » et il se frappa au cœur d'un coup de poignard.

Comment l'Empire s'écroula une seconde fois sous les efforts de l'Europe coalisée, chacun le sait. Berryer fut de ceux qui allèrent au-devant du roi jusqu'à Saint-Denis. Ses convictions ne manquaient ainsi aucune occasion de s'affirmer. Il lui fut bientôt donné de montrer combien elles étaient sages et modérées.

Après les Cent-Jours, une réaction était inévitable. Le parti royaliste surexcité, justement mais à l'excès, réclamait des victimes. Sans craindre de se compromettre, sans s'effrayer des clameurs et des injures qu'on lui prodiguait, Berryer prit énergiquement le parti des vaincus. Il estimait d'ailleurs, en agissant de la sorte, en s'efforçant d'empêcher les violences, rendre à son parti le plus grand des services, et il avait raison.

Berryer siégea d'abord à côté de son père pour la défense du maréchal Ney. Il serait trop long de résumer le rôle do Ney pendant l'épopée impériale, et même d'énumérer ses victoires. Intrépide jusqu'à l'héroïsme, désintéressé, généreux, il eût été le plus parfait des capitaines s'il n'avait eu le caractère mobile et le cœur faible comme un enfant. Cette mobilité le rendit odieux à tous les partis. Quand Napoléon débarqua de l'ile d'Elbe, Ney accourut à Paris et promit au roi de lui ramener le tyran dans une cage de fer. Mais l'Empereur le connaissait. Il caressa le maréchal en même tempis

que ses émissaires gagnaient les soldats. « Venez à moi, mon cousin, lui écrivait-il, et je vous recevrai comme au lendemain de la bataille de la Moskova. » Et, séduit par ces affec tueuses avances et par tous ses souvenirs de gloire, Ney lui livra son armée et son honneur. C'est cette défection que lui reprochaient avec raison les royalistes.

A ^yaterloo, il fit des prodiges ; il chercha la mort, et lo mort n'en voulut point. Au fond il était mécontent de luimême et de l'Empereur. Ney reprochait à Napoléon ses ordres contradictoires et son abandon; Napoléon reprochait à Ney sa témérité. « Il s'est conduit comme un insensé, disait-il, et m'a fait massacrer ma cavalerie. » De retour à Paris, le maréchal rompit décidément avec l'Empire. Le 22 juin 1815, on discutait à la Chambre des pairs les dernières chances de victoire. Tout à coup Ney, que personne n'avait remarqué, se leva, les traits bouleversés, l'œil sombre, la voix altérée. Il raconta Waterloo, et « il semblait, dit un historien *, que toutes les fibres de son cœur saignaient pendant ce récit.... — Tout cela est faux! s'écriait-il, on vous trompe de tous côtés, l'ennemi est maître.... Je le sais puisque je combattais sous l'Empereur.... Ah! si j'avais eu un renfort de la garde je vous en rendrais bon compte ! Mais dix mille hommes d'élite furent tenus immobiles au lieu d'aider à vaincre.... Je vous dis que c'est un Empire perdu. Il faut faire la paix. Nous sommes à bout de tout le reste. »

De la sorte, il fut un traître aux yeux des impérialistes, des royalistes, de tout le monde. Les libéraux eux-mêmes, qui depuis ont tant exploité sa mort, le sacrifièrent, et Benjamin Constant, pour sauver Labédoyère, désignait au roi la

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