A. iNettement, Histoire de la Resiauratwn, II
tète plus illustre du maréchal. Le malheureux n'avait qu'à fuir. On l'en pressait vivement. Le gouvernement même lui procura deux passeports. Il ne voulut point quitter la France. Et quand il fut pris et écroué à la Conciergerie, il fallut bien le juger. « Ney nous a fait plus de mal en se laissant prendre, disait Louis XVIII, que le jour où il nous a trahis. »
Le maréchal choisit Berr3^er père pour son défenseur, et Berryer s'associa son fils et M. Dupin. Aujourd'hui que le temps a refroidi les passions politiques, il semble qu'on ne puisse rêver pour un avocat de plus belle cause à soutenir que celle du maréchal Ney. Mais alors on ne respirait que haine et vengeance, et il fallait une grande élévation d'esprit et une générosité de caractère peu commune pour dominer toutes ces fureurs ^ Lorsqu'on apprit que Berryer avait accepté de défendre le maréchal, ce fut contre l'avocat un déchaînement général d'indignation et de menaces. Ses confrères du barreau lui tournèrent le dos. Un des plus distingués et des plus modérés à la fois, M. de Martignac, osa dire à Bordeaux en plein tribunal : « Cet avocat a perdu son titre à mes yeux; je me sépare de lui. » — « Je vous supplie, lui écrivait un de ses plus intimes amis, membre du conseil de l'Ordre, je vous supplie au nom de l'honneur, au nom de votre famille, au nom de notre Ordre.... d'échapper, quand il en est temps encore, au péril qui vous menace de voir votre nom glorieux jusqu'ici, former un chiffre ineffaçable avec celui d'un guerrier féroce et sans foi, que ses contemporains nomment un traître régicide et que la postérité mettra, n'en doutez pas, à côté de Ravaillac et de Damiens 2 ! »
1. J'ai entendu une femme du monde, ordinairement sensée et bonne, dire à propos de M"" de Lavalelte aidant sa mère à sauver son père : « Petite scélérate! » (Guizot, Mémoires, I, p. 135.)