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CHAPITRE XVIII

Tout en faisant, dans l'intérêt du pays, ces nobles et pacifiques efforts, Berryer ne négligeait pas pour cela les travaux de l'Assemblée. Les deux années 1850 et 1851 peuvent compter parmi les plus remplies de sa vie parlementaire. Il continua d'intervenir dans les questions d'affaires. Il parla sur le traitement des payeurs généraux, sur les chemins de fer, sur le projet relatif au timbre des effets de commerce. Deux ans de suite il fut président et rapporteur de la commission du budget. A ce titre, il exposa la situation financière de la France dans deux rapports des plus remarquables. Au moment de la discussion, il soutint la défense des différentes parties de ces rapports avec une universalité de connaissances et une supériorité qui furent admirées de toutes les opinions.

Établi le 24 février 1848, sous la pression de la foule et dans l'entraînement d'une révolution, le suffrage universel ballottait la France entre des opinions extrêmes, la jetant, par de brusques secousses, tantôt à droite, tantôt à gauche, vers la monarchie ou vers le socialisme. N'était-il point possible

de régler, d'équilibrer cette institution sans la détruire sans atteindre la constitution républicaine? Le gouvernement et la majorité s'entendirent et une commission parlementaire fut chargée d'étudier et de préparer les réformes nécessaires. Berryer fit partie de cette commission. Elle proposa d'étendre les cas d'incapacité aux mendiants et vagabonds et d'exiger, pour être électeur, une résidence non plus de six mois, mais de trois ans. La discussion fut longue et brillante. La gauche attaqua violemm.ent le projet, que soutinrent MM. Thiers et Montalembert. Berryer prit la parole dans la séance du 28 mai 1830. Il justifia les mesures proposées, défendit avec fierté son désintéressement patriotique qu'on mettait en doute :

.... Nous avons traversé beaucoup de révolutions depuis que j'ai vieilli dans ce pays, nous en avons traversé beaucoup, et sous des gouvernements divers ou trompés ou trompeurs ; je vous le demande, à vous, quelle est l'injustice, à quelque époque et sous quelque régime qu'elle ait été commise, qui n'ait pas trouvé en moi un adversaire? Quelle est la victime qxii n'ait pas trouvé en moi un défenseur? {Bravos à droite. Agitation bruyante et prolongée.)

M. Odilon Barrot. C'est vrai.

M. Berryer. Messieurs, quand on a mis l'honneur, la fortune, l'unique fortune de sa vie à tenir cette conduite pendant quarante années en face de son pays ; quand on n'a plus qu'à descetfdre, quand on n'a plus qu'à finir et recevoir la dernière parole de ses concitoyens, on ne veut pas un seul jour s'exposer à perdre leur estime. {Acclamations chaleureuses sur tous les bancs de la majorité.)

Irrité des interruptions continuelles des républicains, il leur adresse d'écrasantes répliques.

Vous dites que la conséquence (de la loi), c'est que beaucoup d'hommes ne resteront pas électeurs ou ne le seront pas. Je n'ii sais rien, c'est de très bonne foi que je vous répète : Je n'^a sais rien. [Exclamations à gauche.) Permis à vous de vous récrier ' Vous doutez de l)ien autre chose ! Quand vous doutez de la conscieace publique vous pouvez bien douter de la conscience d'un homme.

M. Pelletier. Vous retranchez les électeurs parce que vous redoutez la conscience publique.

M. Berryer. Je ne crains rien, je ne redoute rien, la conscience des homme? dignes de respect et d'estime moins que toute autre chose. Je ne redoute pas plus d'avoir à subir des périls; et qu'est-ce donc que le péril aujourd'hui? {S'adressant à la gauche.) Oui, nous avons entendu vos menaces, nous vous connaissons, et le dernier de tous les périls, ce serait d'assister au spectacle de votre triomphe i. (Très bien!)

Votée à la suite de violents débats, cette réforme, loin d'être un remède, constituait plutôt un danger. Bien qu'il eût lui-même pris l'initiative de cette loi, le président se hâta de l'attribuer à l'Assemblée, afin d'exciter contre cette dernière les méfiances de l'opinion publique. Et quand Berryer, par les fenêtres de la mairie du X^ arrondissement, le 2 décembre 1851, annonça au peuple l'abrogation de cette loi, il était trop tard.

Cependant l'orage prévu par Berryer grandissait à l'horizon de la France. Les dissentiments s'acceutuaient entre le président et l'Assemblée. Jusqu'alors il n'avait pas osé engager avec elle une lutte directe. Si la majorité fût demeurée étroitement unie, l'audace ne serait peut-être jamais venue au prince de l'attaquer. D'ailleurs le temps pressait, son mandat présidentiel touchait à sa fin ; il n'hésita plus. Sortir de l'ombre où le retenait la constitution, s'appuyer sur le peuple et sur l'armée, demander la revision de l'article qui interdisait sa réélection, et s'il ne l'obtenait point, passer outre, tel fut le plan qu'il adopta et qu'il suivit.

Comment il parcourut une grande partie de la France, Lyon, la Bourgogne, la Franche-Comté, l'Alsace, la Lorraine, la Normandie, présidant des banquets, semant des promesses, faisant vibrer les souvenirs glorieux du premier Empire, excitant habilement la défiance contre l'Assemblée, posant

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