‹ BerryerChapitre 144 sur 211 · Œuvres parlent., IV, p · texte numérisé non relu

Œuvres parlent., IV, p

devant tous les conseils généraux de France la question de la revision, puis passant des revues et offrant le Champagne aux soldats qui criaient : Vive l'Empereur! nous ne pouvons que le rappeler.

Il rencontra pourtant un homme d'honneur qu'il ne put séduire. En vain promit-il à Ghangarnier de le nommer maréchal de France, maréchal général avec des avantages pécuniaires énormes, connétable même, le sphinx, comme on l'appelait, parce qu'il ne disait à personne son secret, reçut froidement toutes ces avances. Alors, comme Ghangarnier avait sous ses ordres le commandement en chef de l'armée de Paris et des gardes nationales, c'est-à-dire 300,000 hommes ; comme il pouvait à l'occasion se faire le défenseur de la loi et de l'Assemblée, le prince demanda au ministère la destitution du général. Le ministère démissionna. Au moment même où il blessait ainsi profondément l'Assemblée, Louis-Napoléon, pour simuler la déférence envers elle, convoqua à l'Elysée les chefs de la majorité, MM. Thiers, Berryer, Mole, Odilon Barrot, Dupin, do Broglie, Daru et Montalembert : « La constitution, leur Jit-il, me donne le droit de disposer seul de l'armée, et ce droit, j'entends le maintenir tout entier. Je ne voudrais pas pourtant que l'exercice de ce droit fût mal interprété, et je vous ai réunis pour chercher avec vous quelle garantie je pourrais donner à l'Assemblée de la légalité de mes intentions, et pour que vous l'assuriez qu'elle n'a de ma part aucun empiétement à redouter. » Tous protestèrent énergiquement contre la destitution du général et l'atteinte portée aux droits de l'Assemblée. « Get acte est bien grave, monsieur le président, insista Berryer, et il est impossible que les chefs de la majorité se portent {;arants d'une telle politique. »

Lorsque le nouveau ministère se présenta devant la Gham-

bre, il fut interpellé par M. de Rémusat sur sa politique et sur les causes de son avènement. On nomma une commission parlementaire pour aviser à la situation. Elle proposa de blâmer le ministère et de déclarer que l'ancien général en chef de l'armée de Paris conservait tous ses titres à la confiance que l'Assemblée lui avait témoignée quelques jours auparavant.

Deux fois Berryer prend la parole au cours des débats. Il déplore la conduite du gouvernement et la destitution du général ; mais ce qui l'inquiète par-dessus tout, plus encore que les tendances du président, c'est le déchirement de la majorité. Il fait l'éloge de cette majorité et des biens qu'elle a répandus sur le pays.

Nous vivons depuis trois ans de l'esprit ot des actes de la majorité. Si le gouvernement a été sage, si le pays s'est pacifié, si la prospérité, je veux dire, si l'activité de l'industrie, du travail, a commencé à re- Tiaître, on le doit à l'union, à la force, à l'influence, je n'hésite pas à Te dire, à l'ascendant de la majorité. C'est donc un acte politique coupable que de se jeter avec témérité dans le péril de briser cette majorité salutaire.

Et Berryer en revient toujours à cette idée d'union gui remplit son âme et inspire sa politique. Si l'action de la majorité a été bienfaisante, c'est qu'elle était unie :

Le gouvernement parlementaire, nous avons voulu le maintenir, nous voulons le défendre et pour le présent et pour l'avenir ; nous ne connaissons pas d'autres ressources au pays, et tous mes efforts, pour ma faible part, tous mes efforts ont été d'assurer l'union de ces éléments divisés de la société, de former un point d'appui, une armée de résistance, en rassemblant tout ce qu'il y a d'intelligences honnêtes, actives dans ce pays, tout ce qu'il y a d'hommes éclairés et expérimentés, tout ce qu'il y a d'hommes possesseurs d'intérêts légitimes, de les unir, oui.... ; et si l'on veut, oubliant les divisions que les révolutions passées ont faites, si l'on veut surmonter les ressentiments, les préventions que ces révolutions ont pu jeter dans les cœurs, de cette hauteur. Messieurs, on voit trop clairement que dans notre patrie si menacée et si malh sureuse, il n'y a de divisions réelles

qu'entre les hommes et non point entre les choses ; qu'il n'y a de divisions que dans des vues, des situations particulières, mais qu'il n'y en a point sur le fond des pensées, sur le fond des intentions, sur le fond des principes, qui doivent dominer et protéger cette société. Oui, demander l'union, demander la fusion, pour dire le mot, de tous les partis que les événements passés ont irrités les uns contre les autres, c'est vouloir restituer à la société les forces qui lui appartiennent, et qu'elle ne peut reconquérir que par notre accord le plus complet.

Oui, il n'y a pas ici de légitimiste, ou d'orléaniste, ou de républicain modéré, il n'y en a pas un qui conteste maintenant et qui repousse un seul des grands principes fondamentaux d'un gouvernement représentatif et régulier ; il n'y a personne parmi nous qui soit en désaccord sur aucun de ces principes : égalité devant la loi, liberté de conscience, séparation de l'ordre civil et de l'ordre religieux, égalité et admissibilité à tous les emplois, à tous les avantages sociaux. Oui, nous le voulons tous, et c'est pour cela que nous devons nous unir pour réaliser les garanties pratiques, les garanties permanentes de ces droits, de ces libertés, de ces intérêts dans un gouvernement constitutionnel et parlementaire. {Très bien! Très bien!)

Les divisions ! les divisions ont appauvri et affaibli la France, mais elles ne l'ont pas ruinée. Il y a encore des cœurs assez généreux pour se mettre au-dessus des préoccupations particulières, au-dessus des intérêts étroits des partis, pour n'envisager que l'intérêt général de la nation, sentir par où on se touche, par où on se comprend, par où on est uni d'intention, de volonté, de convictions, et constituer ainsi une armée vigoureuse qui résiste au nouvel envahissement des barbares sur l'Europe. {Acclamations.)

Tout est perdu, s'écrie-t-il en terminant, si la majorité se

divise :

Et je dis à l'Assemblée : Arrêtez- vous au premier pas ; si la majorité qui sauva la société française est brisée, si elle est scindée, comme je le vois en contemplant l'agitation et les votes divers au sein de la commission, et les frémissements qui ont régné sur ces bancs depuis deux jours ; si elle est brisée, si la nation cesse de voir en elle son plus ferme appui et sa plus certaine ressource, je déplore l'avenir qui est réservé (\ mon pays ; je ne sais pas quels seront vos successeurs, je ne sais pas si vous aurez des successeurs; ces murs resteront peut-être debout, mais ils seront habités par des législateurs muets i. {Vive agitation.)

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