‹ BerryerChapitre 156 sur 211 · De Falloux, Mémoires, t. II · texte numérisé non relu

De Falloux, Mémoires, t. II

— ^0 — eoup d'État, Berryer conseilla à ses amis de s'abstenir ; et il fit répondre aux électeurs de Marseille qui le conjuraient de ne pas les abandonner :

Je suis très décidé à ne solliciter et à n'accepter aucune candidature.

En prenant cette résolution, je n'obéis pas au ressentiment des événements du 2 décembre. Depuis quarante ans, j'ai consacré tous les efforts de mon intelligence au service et à la défense des principes fondamentaux de notre vieille société française ; je ne déserterai pas plus aujourd'hui la cause des libertés publiques que je ne trahirai ma foi et ma fidélité au principe de la souveraineté traditionnelle, que je considère, mieux que jamais, comme la plus naturelle, la plus forte, la plus stable garantie d'une sage et loyale pratique de ces libertés. Qu'irai-je faire dans ce nouveau corps législatif, d'où la vie politique est entièrement retirée, et où je ne trouverai ni l'action publique ni l'indépendance que les révolutions de 1830 et de 1848 ne nous avaient pas ravies ?

C'est avec peine que je redeviens étranger aux populations du Midi, qui m'avaient, à mon grand honneur, adopté pour compatriote, et que je m'éloigne de cette tribune nationale que de longs travaux et mon sincère patriotisme ont rendue chère à mes souvenirs. La tristesse de mes regrets, vous le comprenez, a des causes plus élevées que le sentiment de ma position personnelle. Puis-je, sans douleur et sans inquiétude, voir la France proscrire par tant de millions de voix les droits et les institutions nécessaires à la puissance et à la dignité des nations chrétiennes, ainsi qu'elle a méconnu la force tutélaire et la douce majesté d'une royauté de quatorze siècles?

Dieu veuille préserver notre patrie des hontes et des misères que je redoute pour elle * 1

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