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CHAPITRE XIX

En disant adieu à la politique et à la tribune nationale, Berryer avait, pour se consoler, le Palais et Augerville. Plus tard nous entendrons ses derniers grands plaidoyers. Mais il est temps d'aborder la vie intime de l'orateur, de le suivre au milieu des siens dans cette noble et hospitalière demeure qu'il s'est préparée. Aussi bien, Berryer gagne à être vu de près. Plus on l'approche et plus on éprouve la séduction irrésistible de sa personne. Et ce cœur débordant d'affection, cette simplicité, cette bonté exquise, expliquent mieux que tout le reste la puissance incomparable de sa parole.

A Paris, Berryer habita pendant cinquantre-quatre ans le même appartement, au 64 de la rue Neuve des Petits-Champs. iion cabinet était au rez-de-chaussée, une grande pièce servant en même temps de bibliothèque. Sur la cheminée, le buste en bronze du comte de Ghambord. Çà et là, sur des étagères, une statuette de Rossini et une autre d'O'Gonnell, « le poing fermé, dans l'attitude de la menace contre les oppresseurs de sa chère Irlande ^ » A la portée de Berryer, près de son bureau, ses livres préférés : l'Évangile, l'Imitation,

1. M'°'= de Janzé, Souvenirs (Pion). Personne n'a donné sur la vie intime de Berryer des détails plus intéressants.

Corneille, Racine, Bossuet, pour lequel le maître professait une admiration passionnée. M. de Jouvenel entra un jour sans être remarqué et surprit Berryer absorbé dans la lecture de V Histoire universelle. — « Ah ! fit-il, je vous dérange, vous êtes en famille. — Comment cela? — Eh oui, Bossuet n'est-il pas votre grand-oncle? — Oh! reprit Berryer en souriant, mon grand-oncle en effet, car je ne suis qu'un arrière-petit et bien petit neveu ^ »

Dans ce cabinet toujours ouvert, le grand avocat accueillait chaque matin ses clients, ses amis, des artistes, des hommes de lettres, des hommes d'État. Il réservait le vendredi soir aux réunions de famille et n'invitait personne à dîner, à cause du maigre, qu'il observait rigoureusement. Ces relations multipliées le renseignaient sur toutes choses mieux que les journaux qu'il ne lisait point lui-même, mais dont il se faisait rendre compte par ses secrétaires.

Toutefois, c'était à Augerville que se plaisait Berryer. C'était là qu'il venait chercher le repos de ses fatigues, c'était là qu'il vivait, a Être propriétaire terrien, » avoir « un coin de terre à lui afin de pouvoir un jour y reposer sa tête, » ce fut dès le commencement de sa carrière l'idée fixe de Berryer. Il n'avait que trente-quatre ans lorsque, avec les premiers fruits de son labeur, il acheta le château d'Augerville (1826). Augerville-la-Rivière est un petit village de 260 habitants, situé sur l'Essonne, à quelques kilomètres de Malesherbes, dans l'arrondissement de Pithiviers. Ce château avait une histoire. Il remontait à Jacques Cœur. Lorsqu'il maria sa fille à Eustache Luillier, l'argentier de Charles VII donna Augerville au jeune ménage. Un petit-fils de ce Luillier, prévôt des marchands en 1593, eut l'honneur de

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