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Neltement, Ilisloire de la lieslauralwn, III

versées depuis un quart de siècle, — par cet esprit de confusion, suite fatale des révolutions, bien capable de troubler et d'égarer à certaines heures les meilleures âmes dans le choix et l'accomplissement du devoir, — par l'ascendant irrésistible du maître qu'il servait depuis si longtemps, — par l'entraînement du soldat, — enfin, par ce « je ne sais comment » avec lequel Bossuet essayait de couvrir la défection du vainqueur de Rocroi. Abandonnant alors la vie du maréchal à la clémence des juges et du roi, il montrait combien cette clémence honorerait et fortifierait le pouvoir, et développait cette pensée retrouvée depuis dans ses notes : « L'antiquité suppose que la déesse de la sagesse descendit des cieux pour absoudre le mortel malheureux qui, poussé par une invincible fatalité, devint le meurtrier de sa mère. » Et cette autre : « Il faut rejeter ce sentiment qu'un crime doive toujours attirer le châtiment '. «

Mais Berryer était trop jeune pour diriger la défense. Son père et M. Dupin conçurent autrement leurs plaidoiries. II semble qu'avant tout ils aient cherché à gagner du temps. Aucune loi ne réglait la procédure que devait suivre la haute cour ; ils prétendirent arrêter le procès jusqu'au vote de cette loi. La Chambre passa outre à leur demande. Ils insistèrent ensuite pour obtenir un sursis, nécessaire, disaient-ils, à la préparation de la défense. On leur accorda dix jours, qu'ils employèrent à trouver de nouveaux moyens préjudiciels. Toutes ces chicanes de légistes fatiguaient la Chambre, et la cause du maréchal n'y gagnait rien. Enfin, ils se rejetèrent sur la capitulation de Paris, comme sur leur dernier moyen de salut. Aux termes de cette convention, signée le 3 juillet entre Davoust, commandant en chef de l'armée française, et

— ai — tes généraux alliés Blucher et Wellington, nul individu ne pouvait être inquiété ni recherché relativement à ses fonctions, à sa conduite ou à ses opinions pendant les Cent- Jours. Davoust, appelé en témoignage, essaya de faire bénéficier le maréchal Ney des avantages du traité. Mais Wellington prétendit n'avoir voulu engager en rien le gouvernement du roi. En vain, surmontant ses répugnances, la maréchale alla-t-elle se jeter aux pieds du vainqueur de Waterloo ; le général anglais refusa d'intervenir. Parmi ses éminentes qualités, il n'avait point la grandeur d'âme.

Cependant, le 5 décembre, la Chambre des pairs décida, — et ce fut presque un crime, dit le feu duc de Brogiie i, — qu'on ne plaiderait point la capitulation de Paris. C'était avant la dernière audience. Le jeune Berryer se tenait près de la salle où les juges délibéraient encore. Un des plus généreux et des plus modérés, Lally Tollendal, sort à ce moment, très ému, très agité, et s'adressunt au jeune avocat :

« Ça va mal, lui dit-il, ^ itaioiç À.Qi}vecm 2 !

— Quoi donc? demande Berryer.

— On va interdire à votre père de plaider sur la capitulation de Paris. »

A ces mots, Berryer s'élance, pénètre jusqu'à la chambre où le maréchal était enfermé, lui annonce la fatale nouvelle et ajoute : « Il faut vous lever en pleine audience et déclarer que vous ne voulez pas que la défense continue, puisqu'elle n'est pas libre. » A cette idée, Ney tremble comme un enfant : « Comment voulez-vous que je dise cela? répond-il. Je ne pourrai jamais. i> En vain le jeune homme lui écrit

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