V. de Lacon be, Corr., 1. c
Conciergerie apporter cette nouvelle. « Je vois encore, racontait-il plus tard, le maréchal s'avancer dans l'ombre de cette prison où je devais un jour rencontrer Louis Bonaparte. « Ah î monsieur Berryer, s'écria-t-il, quel service vous m'avez rendu ! Ces gens-là, voyez-vous, m'auraient fait tuer comme un lapin. » Et se calmant tout à coup, il ajouta en souriant : « C'est dommage que vous n'ayez pas été militaire : vous auriez eu une belle voix de commandement K »
Cependant le désistement de Moncey et la déclaration du conseil de guerre irritent l'opinion royaliste. Le gouvernement se fait l'écho de ces colères, et dans un langage violent, qu'il a depuis vivement regretté, le duc de Richelieu somme la Chambre des pairs au nom du roi, de la France et de l'Europe, de juger et de condamner le maréchal Ney. La Chambre des pairs obéit, et en trois jours s'organise en cour judiciaire. Les débats commencent le 21 novembre.
Il n'y avait qu'une bonne manière de défendre l'accusé. Le crime militaire était évident. S'il voulait sauver sa vie, le maréchal devait la livrer à ses juges et se contenter de leur dire comme dans l'instruction : « Je suis trop coupable pour marchander ma vie au roi, il fera de moi ce qu'il voudra. » C'est ce que comprit à peu près seul le jeune Berryer 2.
Son plan était fort simple. Après avoir rappelé les exploits du maréchal, les grands services rendus par lui au pays, l'orateur rapprochait éloquemment l'éclat de sa gloire passée avec sa situation présente, si triste et si désespérée. C'est qu'une faute avait été commise, il l'avouait franchement, rejetant seulement avec énergie toute idée de préméditation. Cette faute, il l'expliquait — par les vicissitudes inouïes d'idées et de gouvernements que ce malheureux soldat avait tra-