‹ BerryerChapitre 19 sur 211 · Histoire de la Restauration, IV, p · texte numérisé non relu

Histoire de la Restauration, IV, p

Le maréchal se lève en sursaut, et mettant la main sur sa poitrine : « Non, Monsieur, s'écrie-t-il, je suis Français, et je saurai mourir en Français. » Et lisant le papier dissimulé devant lui, il ajoute : « Jusqu'ici ma défense m'a paru libre; je m'aperçois qu'on l'entrave à l'instant; je remercie mes généreux défenseurs de ce qu'ils ont fait et de ce qu'ils sont prêts à faire. Mais je les prie de cesser plutôt de me défendre que de me défendre imparfaitement. J'aime mieux n'être pas du tout défendu que de n'avoir qu'un simulacre de défense. Je suis accusé contre la foi des traités, et on ne veut pas que je les invoque. Je fais comme Moreau : j'en appelle à l'Europe et à la postérité. » L'impression, paraît-il, fut profonde. Cependant, quelques membres de la Chambre aperçurent le papier sur lequel le maréchal lisait sa protestation, et le jeune Berr3'er fut désespéré en entendant l'un d'eux dire à son voisin : « Comédie d'avocat ^ »

Le maréchal ayant interdit à ses défenseurs de continuer leur plaidoirie, l'accusateur déclara Ney coupable de haute trahison et requit contre lui la peine de mort. Au moment où les pairs s'enfermaient pour délibérer, Ney embrassa ses avocats et les remercia avec effusion. « Adieu, Messieurs, leur dit-il, nous nous reverrons là-haut! » Puis il fut ramené dans sa prison. Cependant, sur cent cinquante-six juges, cinq refusèrent de se prononcer ; dix-sept seulement eurent le courage de voter la déportation ; cent trente se déclarèrent pour la mort, parmi lesquels plusieurs maréchaux, anciens amis du condamné. C'était le 7 décembre I8I0, à deux heures du matin. Quelques heures plus tard, le greffier de la cour, M. Cauchy, signifiait son arrêt au « duc d'Elchingen, prince de la Moskova, maréchal de France. — Dites

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