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M. de Lacombe, Corr., 25 mars 1886, p

simplement Michel Xey, et bientôt un peu de poussière, » interrompit le prisonnier. S'adressant ensuite à l'un des gentilshommes qui le gardaient : a .... Je crois à Dieu, lui ^j i|j^ dit-il, et à une autre vie, et je me sens une âme immor- """^ telle. » Le curé de Saint-Sulpice attendait; il fut introduit, et le pardon de Dieu consola le maréchal de celui que les hommes lui refusaient. Le jour commençait à peine, lorsqu'il tomba frappé de treize balles dans la grande allée de l'Observatoire. Berryer pouvait avec raison s'affliger ; son parti venait de commettre une faute irréparable, et le roi, qu'il aimait tant, avait manqué de grandeur d'âme et d'esprit politique.

L'issue fatale de ce procès ne découragea point Berryer. Ne lui restait-il pas d'autres victimes à défendre et à sauver? Le jeune avocat s'y donna tout entier, et réussit à arracher à la mort les généraux Debelle et Cambronne.

Le maréchal de camp Debelle avait l'âge de Ney, quarantequatre ans. Disgracié pendant les dernières années de l'Empire, il habitait Grenoble et allait se rallier aux Bourbons, lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe. L'empereur le nomma commandant des départements de la Drôme et de l'Isère ; aucun serment ne l'attachait au roi; il était sans fortune, « n'ayant, selon l'expression de Berryer, rapporté sous le toit modeste de ses pères que son honneur et son épée. » Il accepta. ]\'alheureusement, il eut à repousser pendant les Gent-Jours l'attaque du duc d'Angoulême à Montélimar et à Valence. La résistance qu'il opposa à l'armée royale le mit en évidence ; il fut écroué à l'Abbaye à la fin de juillet, et comparut devant le conseil de guerre de la Seine, le 22 mars 1816.

Berryer le défendit avec éloquence. La salle, rapporte le Moniteur, éclata en applaudissements lorsqu'il s'écria à la fin de son discours : « N'oubliez pas que Sa Majesté, qui ne

promet jamais en vain, a promis de n'excepter du pardon que les instigateurs de la révolte.... Prenez donc pour guides les paroles sacrées du roi. Interrogez ses vertus paternelles, loi vivante qu'invoquent tous les malheureux. Le métier d'un roi n'est pas de relever les blessés du champ de bataille pour les porter à l'échafaud. »

Le général n'en fut pas moins condamné. Berryer pourtant s'obstina à le sauver. Dans une audience que lui accorda le duc d'Angouîéme, il sollicita vivement son intervention. « Je vous le promets, répondit le prince; il aura sa grâce, car il n'a pas combattu contre la France, mais contre moi. » Louis XVIII ne voulut même pas attendre le rapport ordinaire, et commua la peine en dix années de détention. « Je n'ai pas besoin de rapport, dit-il ; mon neveu demande la grâce du sieur Debelle, je l'accorde tout de suite. »

Un mois après, le 26 avril 1816, Berryer prenait place devant le conseil de guerre aux côtés de Gambronne. Dans la salle, une foule inquiète et curieuse se pressait pour contempler l'accusé. Il était de grande taille, portait l'uniforme de général et la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Sa figure, tailladée de cicatrices, exprimait une énergie extraordinaire en même temps qu'une rude franchise. Né à Nantes, élevé chez les Oratoriens de cette ville, il déplo^'^a dans les guerres de la Révolution et de l'Empire une bravoure qui lui fit offrir, à la mort de la Tour d'Auvergne, le titre de premier grenadier de France. Ayant guerroyé vingt-deux ans avec l'Empereur, il l'aimait passionnément. Quand il le vit malheureux, il éprouva une angoisse profonde. Comme Drouot, il abandonna tout pour le suivre : sa situation, sa vieille mère, et cette terre de France pour laquelle il combattait depuis si longtemps. Il lui en coûta pourtant d'y rentrer, comme un rebelle, les amies à la main. Mais l'Empereur

— ?.n — ordonnait, et Cambronne obéissait. A Waterloo, s'il ne prononça point les paroles qu'on lui attribue, il se conduisit en héros. Les quatre ou cinq carrés de la garde qu'il commandait, enveloppés par 150,000 ennemis victorieux, tinrent bon, dit M. Thiers, « comme trois ou quatre cimes de rochers que l'océan furieux couvre de son écume. » Cambronne fut retrouvé inanimé et couvert de blessures; on le conduisit en Angleterre. Après le traité de Paris, librement, volontairement, <£ ne pouvant prévoir, dit Berrj-er, quel sort lui réservait un ministre du roi qui sortait du cabinet de Bonaparte, y> il revint en France et rejoignit Drouot en prison.

Ses réponses à l'audience furent rudes et franches. « Eti entrant en France, lui demandait-on, Bonaparte a pris le titre de souverain? — Je ne me suis jamais mêlé de cela, répondit Cambronne; c'était l'Empereur. J'allais à l'ordre : je demandais s'il y avait quelque chose de nouveau; quand on m'avait répondu que non, je m'en allais. Je n'aime point la cour. » Et le président insistant sur l'usurpation de Bonaparte : « Cela ne me regardait pas, je ne réponds que de ce que j'ai fait, et non de ce qu'a fait Napoléon. » — Il avait été, pendant les Cent-Jours, nommé pair de France, comte de l'Empire et lieutenant général. « A quelle époque vous furent conférées ces dignités? — Je ne me rappelle plus, je n'ai jamais fait attention à ces choses-là K »

Ce ne fut pas la défense, mais le panégyrique de Cambronne que présenta le jeune avocat. Il n'avait d'ailleurs qu'à raconter la vie de son client. Les faits parlaient assez d'euxmêmes. « J'estime trop les hommes, disait fièrement le général, pour croire qu'il y en ait beaucoup qui auraient été incapables des actions dont on m'accuse. »

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