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Augustin Cochin, par le comte de Falloux, p

demeure et mon bien! » On le relève pourtant, on le place sur un fauteuil et on le porte dans sa chambre au premier étage.

Pendant les premiers jours, Berryer sembla revivre. Bien qu'on fût à la fin de l'automne, le temps était doux, le soleil radieux encore. Pour jouir de ses derniers rayons, le malade se faisait porter à la fenêtre, il le saluait de la main et demeurait longtemps à contempler la cime dénudée de ses beaux arbres. D'autres émotions survinrent. A la nouvelle que la vie de Berryer était en danger, la France entière avait tressailli ; la presse se fit l'écho de l'anxiété générale, et publia chaque jour des bulletins sur la santé du malade. Tous les barreaux de France lui adressèrent les dépêches les plus expressives; celui de Lyon chargea une députation de remettre à l'orateur cette lettre touchante : a Cher et illustre confrère,

« La France s'est sentie menacée d'un grand deuil. Les membres du barreau de Lyon ont partagé les angoisses de la patrie. Ils viennent vous apporter le témoignage de leur afi^ction respectueuse et l'expression de leurs vœux et de leur espérance. Plaise à Dieu, cher maître, que vous viviez longtemps encore pour montrer à ce noble pays, dont vous êtes l'orgueil, l'exemple d'une vie fidèle à elle-même et le modèle achevé de l'honneur chrétien et des vertus civiques.

« Pour nous, avocats, fiers de nous dire vos confrères, défenseurs du droit que vous avez énergiquement défendu, serviteurs de la justice que vous avez glorieusement servie, champions des libertés à la revendication desquelles vous avez consacré un talent sans égal, nous voulons, à l'heure où votre foi cherche au delà de ce monde la récompense espérée et la vérité sans ombre, vous dire de quelles lumières votre

vie éclaire notre route, et quelle place vous assurent, parmi ceux dont l'humanité s'honore, l'admiration et la reconnaissance de vos concitoyens et de vos confrères. »

Puis ce sont les meilleurs amis de l'orateur qui accourent près de son lit d'agonie. lAI. de Falloux, informé de trois côtés à la fois arrive de Rochecotte et descend d'abord chez le curé d'Augerville : « Vit-il encore? » demande-t-il plein d'anxiété. Sur la réponse assez rassurante qui lui est faite, il entre au château et pénètre dans la chambre du mourant. Berryer lui tend les bras en souriant : « 0 mon ami, lui dit-il, j'ai de bien grandes grâces à rendre à Dieu. Le P. de Pontlevoy m'a ouvert les portes du ciel; maintenant je suis tout en calme.... et lui serrant la main entre les deux siennes.... et en amitié! » Et un peu après : « Je vous remercie de rester là pour le grand moment. »

Deux jours plus tard, le 24 et le 25 novembre, le P. de Pontlevoy vient à Augerville, puis l'évêque d'Orléans accompagné de M. l'abbé Lagrange. « Je ne retrouvai plus qu'un reste de M. Berryer, a écrit le P. de Pontlevoy. La connaissance était devenue vague et intermittente. Cependant, comme j'allais lui faire mes adieux, tout à coup le nuage parut se dissiper, sa physionomie s'illumina encore une fois, et arrêtant sur moi son admirable regard : « Ah ! mon cher Père, me dit-il, que je suis aise de vous voir! Nous allons encore prier ensemble. » Et aussitôt, ayant fait le signe de la croix et joint les mains, il récita lui-même le Salve Regina, depuis le premier mot jusqu'au dernier. A ces paroles : Et Jesum^ benedictum fritcticm ventris iui, nobis post hoc exilium ostende, ses yeux, jusque-là fermés, s'ouvrirent et se levèrent au ciel, et à ces trois dernières invocations: 0 démens, o pia, o dulcis virgo Maria, il étendit les mains et sa voix devint émue et suppliante. Il ajouta en-

core quelques paroles pleines de confiance et de paix : « Je suis bien ici, chez moi, à Augerville ; je suis débarrassé des affaires et entouré d"amis. Je me recommandée vos prières. » Enfin, une dernière fois, je le bénis au nom du P. de Ravignan K »

Peu auparavant, avec la tranquillité de l'espérance, il venait de dire à son frère, M. Ludovic Berryer : « Sans désirer la mort, je ne la crains point. Mon confesseur a dit à saint Pierre de m'ouvrir les portes du Paradis. »

Montalembert, atteint lui-même de la maladie qui devait l'emporter, ne put venir, mais il écrivit à Berryer cette lettre qui le toucha profondément :

« Très illustre confrère et très cher ami,

a J'apprends, comme toute la France, que vous êtes très souffrant, et comme toute la France, j'en suis désolé.

a Ne pouvant, par suite de mon triste état, aller vous témoigner de vive voix mon ardente sollicitude, je ne résiste pas au désir de vous adresser ces lignes. Je veux vous dire que mon cœur et mon âme sont toujours auprès de vous, que je souffre avec vous, que je prie avec vous et pour vous. Gomme tant d'autres plus dignes que moi d'être exaucés, je demande à Dieu que vos jours soient encore prolongés, non pour vous, mais pour l'honneur et l'exemple de notre pauvre pays, qui a tant besoin d'une lumière telle que la vôtre.

« En dehors de ces vœux qui me sont communs avec tous les honnêtes gens de France, j'ai un lien qui m'attache à vous tout spécialement, celui de la reconnaissance.

a Jamais je n'ai oublié, jamais je n'oublierai ce que vous avez été pour moi, lorsque deux fois traduit en justice pour avoir dit ce que je pensais du second Empire, en 1854 et

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