‹ BerryerChapitre 210 sur 211 · Éludes religieuses^ décembre · texte numérisé non relu

Éludes religieuses^ décembre

en 1858, j'ai eu l'insigne honneur d'être défendu et vengé par vous. Aujourd'hui surtout, le souvenir de cette voix, la plus éloquente, la plus pathétique de notre siècle, qui a retenti si haut et si loin pour un si pauvre client que moi, me pénètre d'une émotion et d'une gratitude inexprimables.

« Si je n'ose pas me dire le plus reconnaissant et le plus dévoué de vos amis, je puis au moins affirmer que j'en suis le plus malade.

Œ Condamné depuis bientôt trois ans à une infirmité incurable, je puise dans mes propres souffrances une sympathie plus profonde et plus intime pour les vôtres.

« Vous ne dédaignerez donc pas, j'en suis sûr, ce cri d'un cœur qui est tout à vous, qui vous admire et vous aime avec l'affection la plus ardente, la plus tendre, la plus affligée.

€ Ch. de Montalembert. »

On put encore lui communiquer — et ce fut une de ses dernières joies — la dépêche suivante du comte de Chambord :

« Émotion profonde à la lecture de l'admirable lettre adressée à Monsieur le comte deChambord. Vive reconnaissance pour l'expression de sa fidélité et de ses vœux. Ardentes prières pour la conservation de ses jours.

a Froshdorf, 24 novembre 1868. »

A cette lecture, Berryer se dressa sur son lit et poussa deux fois avec énergie le cri de : Vive le Roi ! La dépêche précédait de quelques jours cette lettre du prince qui arriva trop tard :

« Froshdorf, le 25 novembre 1868.

« C'est avec une vive émotion que j'ai lu, mon cher Berryer, la lettre que vous venez de m'écrire, et je veux vous dire ici

combien j'en suis profondément reconnaissant. J'y trouve tout votre noble cœur et votre inaltérable dévouement. Nous ne cessons, ma femme et moi, de prier Dieu, qui vous console dans vos souffrances, de vous conserver à la France, à vos amis, à la cause du droit. Croyez plus que jamais, dans cette grande épreuve que la Providence vous envoie, à toute ma gratitude et à ma constante affection.

« Henry. »

Mais bientôt vinrent la lutte suprême contre la mort, des intermittences de raison et de délire. On entendait le mourant d'un étage à l'autre crier de sa voix toujours puissante : « Mon Dieu, ayez pitié de moi! Mon Dieu, recevez mon âme ! » Dans son douloureux délire, les souvenirs du barreau revenaient sans cesse : « Rendez-moi mes écritures ! rendezmoi mes écritures ! Vous allez déshonorer cette malheureuse famille ! vous allez la déshonorer ! » et toute l'énergie, tout le pathétique de sa voix se retrouvaient dans cette déchirante lamentation qui semblait le réduire au désespoir ^ » Le 28 au matin, il perdit la parole et resta en agonie toute la journée. A minuit, il devint plus cahne ; vers quatre heures, on le vit porter la main à son front, essayant de faire encore le signe de la croix ; ses lèvres murmurèrent quelques paroles insaisissables, comme un dernier et mystérieux appel à la miséricorde divine; puis elles se fermèrent pour jamais. C'était le dimanche 29 novembre 1868.

Quand on connut par une dépêche de M. Paul Andral la mort de Berryer, une émotion considérable se produisit. Do tous les journaux de Paris s'éleva un concert unanime do regrets et d'hommages. A mesure que la nouvelle se répandait

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