‹ BerryerChapitre 22 sur 211 · M. t\o Lficonilin. Jhld.. p. R · texte numérisé non relu

M. t\o Lficonilin. Jhld.. p. R

Quinze jours après, Berryer croj^'ait les passions calmées, ! lorsqu'il lut dans la Quotidienne que le procureur général l'avait dénoncé au bâtonnier « comme ayant soutenu dans sa plaidoirie des doctrines contraires au droit public et aux principes de l'ordre. » Le bâtonnier le prévint de la communication qu'il avait reçue et l'invita à se justifier. La réponse de Berryer fut fière et ne désavoua rien :

M. le procureur général, dit-il, ayant vu dans les journaux que l'on me reprochait d'avoir présenté comme une action louable et généreuse celle d'attaquer le roi et la France, du moment que l'on avait renoncé à la qualité de citoyen français, et d'avoir prétendu qu'un Français qui n'a pas individuellement prêté serment de fidélité au roi n'est tenu à aucune obéissance envers Sa Majesté, e déclare hautement que je n'ai jamais émis de semblables propositions et que je les regarde comme absurdes.... Je me suis simplement borné à faire valoir pour la justification de Cambronne l'état d'obéissance forcée où il prétendait qu'un traité conclu entre tous les rois de l'Europe l'avait placé sous Bonaparte.... Jamais je ne ferai ni "rétractation ni déclaration de principes.... Ce serait avouer que dans une affaire de cette importance j'ai parlé à la légère sans peser mon discours et contre ma conscience, ou bien ce serait proclamer qu'après avoir dit librement ce que je pensais, j'ai assez de faiblesse d'âme pour m'effrayer de quelques menaces et désavouer mes propres pensées.

Dans la séance du 22 mai 1816, le conseil de l'ordre rendit sa décision, qui semble d'abord assez équivoque. Elle déclarait d'une part les principes émis par M. Berryer condamnables et subversifs de toute autorité légitime, et d'autre part elle renvoyait de la plainte le jeune avocat, parce que la doctrine qu'on lui reprochait était en contradiction absolue avec le dévouement â la cause royale, dont il avait donné tant de preuves dans des circonstances difficiles '.

Une haute faveur fut bientôt accordée à Berryer et le consola de toutes ces injustices. Le doyen de l'école de droit,

Delvincoiirt, lui ménagea une audience royale. Louis XVIII reçut avec une affabilité charmante le défenseur de Gambronne. Et comme le célèbre professeur cherchait à expliquer les incidents qui venaient d'avoir lieu, le roi l'interrompit : « Heureux l'âge, dit-il en souriant, où le cœur emporte la tête î » Puis de sa voix grave et harmonieuse et avec un à-propos charmant, il cita Horace, son poète favori, ajoutant aussitôt la traduction qu'il en avait faite lui-même. Ces vers du roi adressés à Delvincourtne semblent-ils pas comme l'horoscope de la vie entière de Berryer ?

Avec toi marchent l'Espérance

Et la rare Fidélité, Blanche déesse ignorant l'inconstance Et ne s'enfuyant point devant l'adversité i.

(HoiiACE, Odes, I, XXXV.)

\. M"' de Janzé, Souvenirs, 3&.

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