De Champagny, Discours à VAcad. franc., p
on vous l'a dit, une prédilection.... Le P. des Essarts me fît appeler à l'heure de sa mort; agenouillé au chevet de son lit, je pleurai sous la main déjà glacée qu'il posa sur ma tête ; je reçus sa bénédiction et son dernier soupir. Mon deuil fut partagé par tous mes camarades, qui firent poser sur sa modeste tombe ces simples mots : A7nici inœrentes posuere.
Ce fut le P. des Essarts qui prépara Berryer à sa première communion. L'enfant était pieux, mais insouciant et léger. Il négligea son catéchisme et, après l'examen d'usage, fut retardé d'une année. Cependant sa douleur, ses larmes, ses prières, le firent admettre à suivre les exercices de la retraite. La veille du grand jour, les enfants réunis à la chapelle répétaient les actes qui précèdent et suivent la communion. Pierre Berr3'er vient à son tour. Sa voix, d'abord émue et tremblante, s'anime peu à peu. Elle pleure, elle supplie, elle est si pleine de foi, si pénétrante et si communicative que ses camarades fondent en larmes. Alors le directeur l'embrasse et lui dit : « Mon enfant, vous ferez demain votre première communion. Vous ne savez pas votre catéchisme, mais vous le comprenez, vous le sentez, et cela vaut mieux. Je pardonne à votre tête grâce à votre cœur. »
Le lendemain matin Berryer communia; le soir il reçut le sacrement de confirmation, administré en même temps à plus de douze cents personnes. Car l'évêque de Meaux faisait depuis la Révolution sa première visite dans le diocèse. C'était par une belle journée de printemps, au fond de la grande allée du parc, sous les tilleuls en fleur. On y avait élevé un autel. Un enfant, il semble bien que ce fut Berryer, adressa à Mgr de Barrai un touchant compliment.
Berryer a conservé jusqu'à sa mort un pieux souvenir de ce grand jour. C'est une image sur le dos de laquelle on lit ces mots : « Joseph-Clément de la Roche-Lambert a fait sa première communion dans l'église du collège de Juilly, le
20 du mois de mai 1803. Antoine-Pierre Berryer a fait sa première communion dans la même église de Juilly, le même 29 mai 1803. » Entre ces deux enfants, Dieu, prenant en même temps possession de leurs deux cœurs, avait scellé une vive et sincère amitié. Cette amitié se prolongea bien au delà du collège par une correspondance affectueuse et active, que Berryer a pieusement conservée. En 1806, la Roche- Lambert entre à l'École militaire de Fontainebleau, et l'année suivante rejoint l'empereur à Vienne. II écrit à son ami, de Friedland, de Tilsitt, de Madrid et de Cadix, des lettres pleines d'enthousiasme militaire, mais pleines aussi du souvenir de Juilly. Puis, un jour il n'écrit plus. Berryer s'inquiète, envoie vainement lettres sur lettres, et enfin reçoit celle-ci du colonel du 116" : « Vous me demandez des renseignements sur le sort de M. de la Roche-Lambert, ex-lieutenant de grenadiers du l*"" bataillon de mon régiment. Ce jeune et brave officier a été tué le 28 juin 1811 au siège de Tarragone, en montant à l'assaut ^ »
Lequel des deux Berryer aima-t-il le plus, la Roche-Lambert ou Christian de Chateaubriand ? Il semble bien que ce fut le dernier. Arrière-petit-fils de M. de Malesherbes, Christian avait, le même jour, perdu son bisaïeul, son grandpère et sa grand'mère, son père et sa mère, morts pour le Roi sur l'échafaud. Berryer et Christian se ressemblaient comme deux frères. Ils étaient du même âge et de la même classe; l'un et l'autre gais et pleins d'entrain. Leur professeur de seconde, le P. Huré, était un classique passionné.
1. Ce Irait et un certain nombre d'autre? sur la jeunesse de Berryer sont emfiriinlés aux intéressantes étude? f|ucM. C. de Lacombe a publiées en 1886, 1889-18ÎÎ0, dans le Correspondant. Le public attend impatiemment la grande Vie de B<Tr:.er que l'ancien ami de l'orateur prépare depuis longtemps, et dont r.c modeste travail ne saurait être qii'iine pâle esquisse. Oue M. C. de Lacombe me permette de lui exprimer toute ma gratitude pour les renseignements que j'ai puisés dans ses écrits.
- 13 — ■ Il ne parlait qu'avec dédain du Génie du christianisme, et regardait l'auteur comme un novateur dangereux. Un jour de composition, il donne à ses élèves ce sujet: « la Fête- Dieu. » Christian copie textuellement la belle description de Chateaubriand. Il est premier et le P. Huré, enthousiasmé, s'écrie: « Jeune homme, vous êtes plus fort que votre oncle M »
Il y avait dans ce fds des martyrs l'étoffe d'un saint. « Sa piété, dit Berryer, était angélique. » Souvent, dans leurs promenades et leurs causeries intimes, Christian abordait les questions les plus élevées; l'àme ardente de Berryer s'enflammait aux paroles de son ami. « Il faut, disait-il, que nous entrions tous dans l'Église! » Christian seul y devait entrer. Comme officier de la garde royale, il prit une part brillante à l'expédition d'Espagne. « En descendant de cheval, il allait à la sainte table. On ne s'en moquait point, car sa bravoure et sa bienfaisance étaient l'admiration de ses camarades 2, « En 1827 , Chateaubriand , ambassadeur à Rome, rencontra près du Cotisée un prêtre à chapeau rabattu, à robe traînante et déchirée, qui conduisait une pension de jeunes garçons. « Passant près de lui, dit-il, je le regarde, je lui trouve un faux air de mon neveu Christian de Chateaubriand, mais je n'osais en croire mes yeux. Il me regarde à son tour, et sans montrer aucune surprise, il me dit : « Mon oncle î » Je me précipite tout ému et je le serre dans mes bras.... Il m'apprit qu'il était chargé de la préfecture des études au collège des Jésuites. Je lui demandai s'il était heureux, il me répondit : « J'ai souffert longtemps ; maintenant mon sacrifice est fait et je me trouve bien.... » « Christian, ajoute Chateaubriand, passe les nuits à prier; il