‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 1 sur 230 · Berryer, sa vie et ses oeuvres 1790-1868 · texte numérisé non relu

Berryer, sa vie et ses oeuvres 1790-1868

L'an dei-ji/er, à l'époque inêine où partit sa célèbre Encyclique aux catholiqties français, Léon XIII s'entretenait avec l'évêque de Rodez, Mgr Bourret. Ils parlaient de la France, de ses destinées, de son attachement à l'Eglise, et le Saint- Père exprimait avec chaleur son affection pour notre pays. ToîLt à coup, se retotirnant vers l'évêque : « // voîis faudrait îin orateur, dit-il, une grande voix qui parlât à la France/ » Et se rappelant sans dotite que personne, en ce siècle, n'a plies travaillé que Berryer à la pacification politique, à la réconciliation des esprits et des cœurs, le Souverain Pontife ajouta en levant les bras au ciel : « Oil est Berryer ? Où est Berryer ? »

Ces simples paroles — tombant de si haut — sont un des plus beaux éloges qui aient jamais été adressés à Berryer; elles ont dû faire tressaillir de fierté dans sa tombe le vaillant chrétien, et nous avons tenu à les rappeler en tête de cet ouvrage, comme une bénédiction et comme une espérance.

Non, Berryer n'est plus là! Nous le sentons profondément. Voilà déjà vingt-cinq ans que sa grande voix s 'est éteinte. Il n'est plus là pour nous rallier, pour nous encourager, pour nous entraîner aux nobles combats. Mais sa mémoire, ses vertus, ses exemples, sa vie nous restent, nous parlent encore avec éloquence et peuvent, si nous le voulons, nous inspirer de généreux efforts, de viriles résolutions . C'est tout le but de ce livre, le premier un peic complet qui paraisse sur l'orateur. Si notre travail n'e7i était trop indigne, nous serions fier de

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le drdier (1 la jcimessc française, car c'est en pensant à elle que nous l'avons écrit.

Elle y trouverait non setilement l'intérêt sotivent dramatique d'une grande vie remplissant, animant et honorant les deux tiers de notre siècle, elle y trouverait tin de ces hommes qui font véritablement honneur à l'homme, un type de Tidclité incomparable, qui vit dix-sept fois changer le gouvernement de son pays sans changer Itii-mèmc, un caractère chevaleresque auquel on ne peut pendant soixante ans de vie publique reprocher îin seul mensonge , un modèle de désintéressement : à M. de Rothschild, qui veut l'associer à je ne sais quelle affaire financière , il répond par un « jamais » si énergique qu'on n'y revint pas ; à tm aictre, étonjié qu'il ne cherche point à s enrichir , n 'ayant pour cela qu 'à se baisser : « C'est vrai, dit Berryer, mais il faudrait se baisser! »

Elle y trouverait les plus belles pages de celui qu 'on a si souvent appelé le Démos thène français, et que Royer- Collard jugeait supérieur il. Mirabeau lui-même.

Elle y trouverait un orateur vraimetit national, « le plus Français de tous les Français », demandant atc patriotisme ses plus éloquentes inspirations , défensetir de toutes les libertés, mais surtout des grandes causes vaincues, des exilés et des persécutés.

Elle y trouverait un chrétien sans peur, mettant au sen'icc de l'Eglise et de ses droits sa grande éloquence, gardant fidèlement dans son cœur sa foi d'eiifant, et couronnant par une mort sublime quatre-vingts années d'une vie admirable.

En un mot, elle y trouverait, pour employer l'expression d'un grand homme d'Etat anglais, lord Palmerston, elle y trouverait « //// modèle de perfection > .

ColKi^i- (le Juilly, le jour de l'àqut-s, 2 avril 1893.

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