‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 115 sur 230 · Discours prononcés à la mort de Berryer, p · texte numérisé non relu

Discours prononcés à la mort de Berryer, p

Tàme sont plus précieuses encore, et Berryer les possède. Autrement il ne serait qu'un merveilleux acteur. Ce qu'il faut admirer chez lui, bien au-dessus de sa voix pénétrante et de sa souveraine puissance de geste, c'est son âme, c'est son intelligence d'abord, si compréhensive, si vigoureuse, si cultivée. Sans doute, il n'a pas l'immensité d'études de Mirabeau ou de Guizot. Ses connaissances n'en sont pas moins très étendues et très variées. Que l'on parcoure la table de ses discours. Affaires étrangères et coloniales, questions de gouvernement, de religion, de liberté, lois sur les associations, le divorce, les chemins de fer, traités de commerce, conversion des rentes, emprunts et finances, il aborde tous les débats avec autant de compétence que de précision. Il anime les nombres. Il sait donner de l'intérêt, de l'éclat, de la passion, aux discussions de chiffres les plus arides. Sa méthode est celle des grands maîtres. D'avance il voit le but à atteindre et marche droit vers lui. Il pose la question simplement, il raconte avec clarté. Ses idées, ses preuves s'enchaînent avec une logique rigoureuse. Quelquefois, dans le cours de l'improvisation, une idée nouvelle surgit dans son esprit, ou bien il s'aperçoit qu'il n'est pas compris. Il revient alors sur ses pas ou brusquement donne une forme nouvelle à sa pensée. Mais cet écart, insensible à l'auditoire, le rapproche du but plutôt qu'il ne l'en éloigne.

S'il attaque (et il le fait sans cesse; pendant dix-huit années il fut l'àme de lopposition tout entière), s'il attaque, « il commence, dit Gormenin, par tracer autour de son adversiire plusieurs lignes de circonvallation ; il le trompe par des marches savantes ; il s'en rapproche peu à peu, il le débusque de poste en poste, il le suit, il l'enveloppe dans les nœuds redoublés de son discours ; il le questionne, il l'interpelle, il l'étourdit...., il lui enlève ses propres armes, il le

presse de conséquences en conséquences, et, la souveraineté du peuple à la main, il l'accule dans la violation de la Charte et dans le parjure de ses serments i. »

Naturellement, l'adversaire ne se rend pas sans riposter. Isolé dans ses opinions légitimistes, entouré de rivaux éloquents, au milieu d'une Chambre hostile et houleuse à laquelle il fait entendre de rudes leçons, Berryer se voit souvent assailli de murmures et de clameurs. Mais il aime la bataille. Immobile, les bras croisés, la lèvre dédaigneuse, il n'est jamais plus beau qu'au feu du combat : « Silence, Messieurs, s'écrie-t-il d'une voix tonnante; au jour du jugement il fut permis de parler des vertus de Louis XVI, je ne vois pas que la Convention ait interrompu les défenseurs du Roi !» Et le compte rendu officiel ajoute ces simples mots : Profond silence. Son ami, le président Dupin, l'interrompt à dessein pour l'exciter : « J'invite l'orateur, dit-il, à mettre plus de modération dans l'expression d'opinions qui blessent l'assemblée. » Et se penchant vers la tribune, il ajoute à voix basse : « Continue, tape, tape, tu es en verve ! » Alors tombe comme la foudre une réplique juste et triomphante, non pas la réplique amère et injurieuse, mais celle qui confond et écrase l'adversaire. On n'a pas oublié sa riposte à (Juizot : « Il y a un cynisme plus odieux que le cynisme révolutionnaire, c'est le cynisme des apostasies ! »

Un jour Berryer, s'adressant aux jeunes avocats du barreau de Paris, leur disait: « C'est par le cœur qu'on est éloquent, et le cœur ne vibre que sous la juste estime de soi-même. Les subtilités ingénieuses, les ressources brillantes de l'esprit peuvent étonner et captiver un moment ; mais les émotions profondes, mais la parole ferme et pénétrante ne partent

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