Nettement, op. cit., p
3. 51. de Falloux a raconté ses impressions sur cette affaire. « .Je courus, dit-il, à ce rez-de-chaussée au fond d'une cour obscure et étroite de la rue
— -Z'iS — Les débats s'ouvrirent le 28 septembre, sous la présidence du chancelier Pasquier. Parmi les nobles pairs, le plus grand nombre avaient été officiers de Napoléon I" ou dignitaires de l'Empire. Leurs noms devaient se retrouver douze ans plus tard sur la liste des sénateurs, des chambellans et des préfets de Napoléon IIL Mais alors ils n'avaient pas assez de dédain pour celui qu'ils appelaient « ce petit nigaud impérial. » Après les interrogatoires auxquels le prince répondit dignement, mais « avec des gestes gauches et un accent étranger qui participait à la fois de l'allemand et de l'anglais, » il se leva pour récuser ses juges. Plein d'illusions, il avait discuté longtemps son système de défense avec Berryer. Sa déclaration contenait ces paroles : « Je représente devant vous un principe et une cause : l'un, c'est la souveraineté du peuple; l'autre, c'est la cause de l'Empire. » Berryer leur donna une forme plus saisissante : « Je représente devant vous un principe, une cause, une délaite. Le principe, c'est la souveraineté du peuple; la cause, c'est celle de l'Empire; la défaite, -c'est Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu; la cause, vous l'avez servie; la délaite, vous voulez la venger! » Quand Berryer se leva à son tour, raconte M. de Falloux,
des Petits-Champs. Je n'ai jamais franchi ce seuil sans un respect ému, et je demandai à M. Berner, en m'excusanl de mon indiscrétion, si je ne pourrais êlrc compté parmi ses heureux auditeurs. • • Rien n'est plus facile, me répondil-il avec sa simplicité ordinaire; vous êtes le premier qui m'ayez demandé un billcl, et je pourrai sans doute vous le remettre demain, car je vais tous les jours au Luxembourg me concerter avec mon client, chez qui j'ai bien des chimères à vaincre avant l'ouverture des débats. • El Berryer lui fil de plus obtenir l'autorisation de voir M. de Persigny, ami du prince et prisonnier comme lui. M. de Falloux avait eu l'occasion, quelques années auparavant, d'olTrir à M. de Porsijjny. qui manquait d'argent, quel(]ues billets de banque dans un portefeuille â ses armes. — « Moi aussi, lui avait dit M. de Persigny, j'espère vous oITrir bientôt un portefeuille, et ce sera un portefeuille de ministre. » Quinze années s'écoulèrent. En 18 iH, M. de Falloux devint en elTol ministre de l'instruction publique et reçut de M. de Persigny le porlffeuille promis. (M""" de .lanzé. p. 68 )
« devant un auditoire mécontent et moqueur, pour répondre ' à un réquisitoire injurieux.... tout le monde était convaincu de son découragement, et Ton n'attendait que les mots résignés qui sortent de la bouche d'un avocat d'office. Je crus volontiers, pour mon compte, que là se bornerait le rôle de l'illustre défenseur, car, en traversant les couloirs du Luxembourg pour gagner ma place, j'avais entendu un avocat en robe, M^ Ledru, dire à un autre avocat qui gagnait avec lui le banc de la défense : « Je ne sais pas ce qu'a Berryer ; il est d'une humeur massacrante. Sa Majesté l'empereur lui aura certainement fait une crasse! » J'avais examiné avec d'autant plus d'attention la physionomie de M. Berryer; elle n'avait pas ce caractère soucieux, presque sombre, que lui imprimait d'ordinaire, avant un grand débat, cette crise de la parole, ainsi qu'il la nommait lui-même. Il paraissait nerveux, irrité, et passait machinalement ses mains sur son visage.... Dès les premiers mots de M. Berryer, la scène changea : on comprit qu'il avait retrempé son courage, qu'il avait rassemblé toutes ses forces, et qu'il allait plaider à fond non pour ses auditeurs seulement, mais pour le pays tout entier ^ »
Sa défense du prince, son Discours de la Couronne, comme on l'a appelé, fut une attaque à fond du gouvernement, attaque « pleine de témérités calculées, dit M. Nettement, d'inflexible logique, d'éclats d'éloquence qui s'arrêtaient au point fixe où ils allaient être réprimés par des juges offensés, mélange de prudence et d'audace, d'art et d'inspiration.... le chef-d'œuvre de l'art d'oser ~. »
L'exorde, prononcé d'une voix profonde et triste, produisit, dit le compte rendu officiel, une vive sensation.
.... Quel n'est pas le malheur d'un paj-s où clans un si petit nombre
t. De Falloux, Mémoires, I, p. 218.