M""* ô". Janz^. op. cil., p
moyens d'action légitime.... dans une position où les intérêts sont les mêmes; ce droit est sacré, ce droit est inviolable; ce droit, il est respecté par les lois qui nous régissent ; je ne ferai pas à nos lois l'injure de dire qu'elles lui sont contraires.
.... Vous vous étonnez encore que des ouvriers ne veulent s'engager que pour dix ans ! Et dans dix ans, ajoutez- vous, ils déferont l'ancien traité et en solliciteront un nouveau. Eh bien, où est le mal? Pourquoi pas, en effet ? Est-ce que dans dix ans d'immenses progrès ne se seront pas accomplis ?
Quand le ironie de mon pays lui fait créer tant de prodiges, quand la vapeur s'apprête à sillonner la France en tous sens, quand les efforts de la mécanique se multiplient, quand l'àme de la patrie s'en -<«, pour ainsi dire, féconder toutes les branches de la science, du com- 'i;otcp et de l'industrie, en communiquant à toutes les veines sociales Jtie circulation immense, quand de magnifiques monuments s'élèvent do toutes parts, vous ne voudriez pas que ces Ijraves ouvriers, sans Ipsqupjs toutes ces grandes choses dont vous jouissez ne se feraient pa«, rpcueillont à leur tour le fruit de leurs travaux, participent au pio{,Mt^s qu'ils ont réalisé, aient l'espoir d'être plus heureux, eux •<iu?i«i ?.... Vous ne vouiliioz pas qu'au lieu de cinq francs ils en gaf;T^-t=î>PDt sis et uîômp sept ?.... (Mouvement l'iro longé.)
Eli 1 Messipurs. c'pst la loi du progrès. Tout cela est légitime, désirable. .^Iais pourquoi vous êtes-vous attachés exclusivement aux honnêtes charpentiers que vous avez sous les yeux? Il fallait nous dire ce qui se passe en dehors de cette audience. Les compagnons qui sont ici sont.... décents, c'est vrai i; mais allez donc. Messieurs, allez dans ces bouges affreux où tant de misérables gémissent sans pain, sans habit, sans paillasse.... Allez visiter le pauvre peuple dans tous ses réduits, et vous nous direz ensuite s'il est trop heureux ! {Vive émotion dans l'aucliloire.)
Won Dieu! il n'est personne d'entre nous qui n'ait eu à pratiquer la bienfaisance une fois dans sa vie ; eh bien, n'y a-t-il pas énormément à faire pour soulager les douleurs du pauvre, pour améliorer le so.-t des classes ouvrières?.... Car nous n'avons ici sous les yeux que d-.s hommes bien portants, dans la force de l'âge; mais ceux qui ont été victimes de leurs travaux, ceux qui sont infirmes, vieux, malades, les mères de famille sans ouvrage, les enfants déguenillés, toutes ces plaies, toutes ces larmes, tous ces désespoirs, vous les représentez-vous? Et ne croyez-vous pas qu'il soit urgent d'adoucir tant d'in-
1. M. l'avocat général s'était prévalu de la toilcHc des ouvriers à faudience pour affirmer qu'ils n'avaient pas besoin d'un salaire plus élève.
'fortunes, d'élever autant que possible le salaire des travailleure dans l'intérêt de tant de familles nécessiteuses? {Profonde sensation.)
Et, à ce propos, rappelez-vous qu'un entrepreneur a évalué à 30,000 fr. les pertes que lui a fait subir une simple interruption de deux mois dans les travaux de charpente.... Quoi! en moins de deux mois, un seul entrepreneur aurait pu réaliser 30,000 fr. de bénéfices nets, et il s'étonne que les ouvriers auxquels il aurait dû ces immenses profits réclament dix centimes de plus par heure !.... Est-ce que vous n'êtes pas frappés de ce contraste i?....
Berryer ne gagna point la cause des charpentiers, mais il gagna leur affection et leur reconnaissance. Ils tinrent à affirmer ces sentiments en offrant à leur défenseur un chefd'œuvre exécuté de leurs mains, et, toujours fidèles, vingttrois ans après, en assistant en corps aux funérailles de Berryer.
Il est impossible de ne pas mentionner une affaire célèbre qui, en 1835, passionna l'opinion publique et dont des études récentes sur l'hypnotisme ont réveillé le souvenir. Il s'agit du procès La Roncière. Un jeune officier est accusé d'avoir poursuivi de lettres anonymes la fille du général de Morell et de s'être introduit pendant la nuit dans son appartement. Ni la sentinelle placée à la porte du général, ni linstitutrice, qui habite une chambre voisine, n'ont entendu de bruit. D'autre part La Roncière nie énergiquement et invoque un alibi confirmé par plusieurs témoins. Chose étrange ! il reconnaît avoir écrit les lettres qu'on lui impute, tandis que les experts nommés pour les examiner déclarent qu'elles sont de M"° de Morell elle-même. Cependant la jeune fille affirme sans fléchir un instant. Une maladie nerveuse se déclare même et met ses jours en danger. Berryer, avec Odilon Barrot, plaide, contre Chaix-d'Esl-Ange, pour M'" de Morell.
Ce fut, entre ces trois maîtres de la parole, une lutte