‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 126 sur 230 · Borryor, Plaiilo>/ers, II, p · texte numérisé non relu

Borryor, Plaiilo>/ers, II, p

émouvante. Les débats se prolongèrent fort avant dans la nuit. Chaix-d'Est-Ange soutint éloquemment l'argument de Valibi et montra d'une façon saisissante les impossibilités matérielles et morales du fait. Avec une sagacité merveilleuse il entrevit qu'une maladie mystérieuse bouleversait l'organisme de M"^ de Morell et lui faisait perdre à certaines heures la conscience de sa personnalité. C'est ainsi qu'elle avait pu, parfaitement honnête et sincère d'ailleurs, porter contre rho' " 'ui avaient montré ses sens hallucinés la plus

teniblo dss accusr.tio-os.

Mais m Berryer ni Topinion n'admirent cette explication. Od, no sduvalt â'aUlôîîrs leur en faire le moindre reproche. La science n'avait pas encore approfondi ces questions spéciales. Quand il eut répondu aux objections de son adversaire, Berryer l'enveloppa dans ce dilemme terrible :

Ou La Roncière est coupable, puisque MUe de Morell af&rme l'avoir reconnu.... ou bien il faut admettre qu'il y a eu tout un complot, tout une série de machinations, en vue de perdre l'accusé, entre la victime, jeune fille jusque-là si pure, si respectée, élevée dans les sentiments les plus religieux, et son père et sa mère, que toute une vie d'honneur et de probité placent nécessairement au-dessus d'un pareil soupçon..,. «Quant à moi, s'écriait l'orateur, mon choix est fait, je n'hésite pas, ma pensée n'est point incertaine ; ma conviction est profonde, inébranlable : le coupable, c'est La Roncière; le coupable, c'est lui!

Messieurs, ajoutait-il en terminant, je ne cherche pas à vous émouvoir par mes paroles dans une cause qui intéresse notre raison et remue tous les sentiments de notre àme. Mais permettez-moi une seule réflexion. Si, dans une pareille lutte, Thonneur de Marie de Morell succombait; si vous déclarez coupable Marie de Morell, âgée de seize ans ; si La Roncière est acquitté, n'en doutez pas, il se dira, avec une joie insultante et triomphante, et les honnêtes gens se diront avec désespoir ces mots d'une lettre anonyme : « A quoi sert d'aimer le bien? » (Bravos universels.)

La cour condamna La Roncière à dix ans de réclusion. Le jeune officier subit tout entière sa peine à Clairvaux, et à la

suite de ces terribles épreuves faillit perdre la raison. Quanta M"® de Morell, « elle s'est mariée depuis lors, écrit le docteur Brouardel, et est devenue une des clientes les plus assidues du docteur Gharcot ^ » Il paraît donc bien probable que La Roncière n'était pas coupable et qu'une déplorable erreur a été commise par la justice. Quel n'eût pas été le regret de Berryer s'il eût pu vivre assez longtemps pour constater, aux lumières de la science, que son éloquente parole avait fait condamner un innocent !

1. Cité par M. Liégeois dans son ouvrage De la suggestion el du somnambulisme, p. 517. Paris, Doin.

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