Disc. pari. Uevision de la Conslilulion, V, J
M. Berryer. — Oui ! — J'y ai pensé. — Je ne l'ai dit à personne, je ne l'ai dit à aucun de mes amis ; c'est à tout le monde que je fais ma première confidence ; c'est à mon pays tout entier.
Eh bien, dans mon existence j'ai traversé quatre grandes formes de gouvernement. Arrivé à l'adolescence, sous cet immense établissement de l'Empire, mon imagination, ma jeune ardeur furent enthousiasmées de cette situation qui portait si loin et si haut la grandeur de la nation au milieu de laquelle j'étais né.
Ah ! cela m'a séduit. J'étais bien impérialiste à dix-huit ans ; j'étais bien impérialiste à vingt ans encore. Oh ! la gloire de l'Empire ! Je suis sorti du collège au bruit du canon d'Iéna ; et quelle tête n'eût pas été enivrée alors? Mais j'ai réfléchi; j'étudiais alors, je commençais à étudier, comme M. Michel * ; je me rendis compte un peu des conditions des gouvernements. J'avais un père, homme de labeur, homme de pauvreté, voulant m'inspirer le goût du travail. En 1811 ou 1812 il mit près de moi un ancien député aux États généraux ; il donna commission à cet ancien député de me faire étudier, quoi ? Ce à quoi personne ne songeait dans le monde à cette époque, les procèsverbaux de l'Assemblée constituante. Je les ai étudiés pendant dixhuit mois avec ce vieux M. Bonnemant.... J'ai commencé alors ù comprendre, j'ai senti le despotisme, et il m'a été odieux. Je n'ai pas attendu sa chute ; j'ai ici de mes amis d'enfance, ils savent qu'avant la fin de l'Empire, je leur disais : « Vous ne vous rendez pas compte de votre gouvernement : il est odieux, il est intolérable ! La gloire ne couvre pas cela ! »
Tu m'es témoin!....
L'orateur invoque du geste un membre de la droite. Ce mouvement oratoire produit une vive sensation. Tous les yeux se tournent vers M. A. de Granville, ancien élève de Juilly, qui répond à M. Berryer par des signes réitérés d'affirmation.
Messieurs, je vous demande pardon de la familiarité de mon langage. (Non! non! — Très bien! — Bravos et applaudissements à droite.) Mais, après tout ce que nous avons entendu, quand je fais un effort d'esprit pour recueillir ce qui a été dit et classer les idées qui nous ont plus ou moins frappés, pour les reproduire devant vous et y répondre, il n'y a plus de préparation, je m'abandonne à une liberté excessive dont je vous demande des excuses. (Non ! non! — Très bien! très bien! — Continuez !)