‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 180 sur 230 · Lettre inédite. Papiers de M. G. Berryer · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Papiers de M. G. Berryer

M""^ de Janzé affirme-t-elle que ses domestiques l'adoraient, le servaient jusqu'à épuisement et ne pouvaient se résoudre à le quitter : « Ce soir, écrivait-il, j'ai reçu les adieux d'Adolphe et de sa femme. Cette séparation, après plus de vingtcinq ans de service, ne s'est pas faite sans quelques larmes sincères, et mes yeux aussi ont été mouillés. Je leur ai dit que je me consolais en pensant que leur fille et son mari allaient les continuer chez moi.... »

Quelque temps après la mort de Berryer, M. de G. demandait à un vieux serviteur d'Augerville : « Eh bien, père Leblanc, quel âge avez-vous? — Soixante-seize ans, Monsieur, répondit-il, mais qu'est-ce que cela me fait? Tant que Monsieur vivait on avait du plaisir à vivre près de lui, mais à présent que notre bienfaiteur est mort, je n'ai plus qu'à partir. »

Que de traits charmants on pourrait citer de sa douceur envers les ouvriers ! Un jour, en traversant le parc, il trouve un vieillard endormi sur l'herbe le râteau à la main. Il le réveille et lui demande ce qu'il fait là. « Mais, vous le voyez bien, dit le dormeur, je gagne les trente sous de M. Berryer- — Ah! répond Berryer; eh bien, mon ami, continue ton somme. »

C'était un de ses plaisirs à Augerville de recevoir les gens de la campagne, d'écouter leurs confidences et leurs plaintes. Il n'apportait pas plus de soin à régler les affaires des rois qu'à résoudre les difficultés du plus humble paysan. Et ses conseils ne se bornaient pas aux questions de droit; il leur parlait d'agriculture et d'élevage avec une parfaite compétence. Jamais fermiers ne furent plus heureux que ceux de Berryer. En écrivant à son régisseur, il ne cessait de lui prêcher la modération : « Occupez-vous de cela avec discrétion, mais sans affliger personne. » Autour de son domaine, il possédait un certain nombre de maisonnettes où il logeait

gratuitement de pauvres ouvriers. Au reste, il ne réclamait les loyers à personne; il prenait ce qu'on apportait, ne plaçait point l'argent reçu ou plutôt le plaçait en aumônes. La bienfaisance de Berryer était inépuisable, mais sa fortune ne l'était pas et souffrit plus d'une fois des excès de sa charité.

Il avait assuré des secours gratuits de médecine aux pauvres d'Augerville et des environs. Mais le médecin choisi devint bientôt très impopulaire et s'attaqua à Berryer luimême. Un des hôtes du château s'étant fracturé le bras en tombant, Berryer envoya secrètement chercher un rebouteur renommé dans le pays. Le médecin jaloux poursuivit le rebouteur pour exercice illégal de la médecine. Berryer plaida pour le pauvre rebouteur et le fit acquitter i.

Sur la porte d'Augerville, dit M"^ de Janzé, on eût pu graver la vieille devise des Sabran : « Hospitalité et Bonté. » Il semble, en effet, que Berryer n'ait restauré et embelli sa magnifique demeure que pour en faire jouir ses amis. Et Dieu lui en avait composé comme une glorieuse couronne avec tout ce que ce siècle a produit pendant cinquante ans d'esprits éminents et distingués. Parmi eux Chateaubriand, Lamennais, Fitz- James, La Ferronnays, Noailles, Lacordaire, Ravignan, Dupanloup, Montalembert, de Falloux, Thiers, Changarnier, Gratry, de Musset, Rossini, Eug. Delacroix, etc. Tous ont visité Berryer à Augerville. Pour les attirer le grand orateur s'ingénie. Il leur adresse des invitations charmantes comme celle-ci à M""® de la Grange :

Ahl que voici un brillant et chaleureux soleil! Pas un nuage au ciel, à peine un vent léger, ma fenêtre est ouverte, la vive et chaude lumière entre à flots autour de moi, elle m'apporte les mille parfums des acacias, des seringas en pleine fleur, des roses et des chèvrefeuilles dont la maison est entourée. La journée va être superbe ; nous en-

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