‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 179 sur 230 · Lettre inédite. Papiers de M. G. Berryer · texte numérisé non relu

Lettre inédite. Papiers de M. G. Berryer

ter Bossuet comme si tu devais prêcher ses chefs-d'œuvre. C'est l'honime qui, de tous les temps et de tous les peuples, a le plus magniliquement manié la parole. Il est vrai que son génie a été porté haut par la grandeur même de la pensée évangélique. Étudie donc bien le fond et la forme de ses admirables discours.

Les enseignements et les sentiments dont on va t'entretenir pendant la retraite dans laquelle tu entres aujourd'hui ne seront pas moins précieux pour forlifler et étendre ton esprit dans tes éludes littéraires, que pour bien nourrir ton àme et ton cœur. Maintieus-toi fermement dans le chemin que la main de Dieu fa fait prf^ndre. Crois et prie. Plus tard, tu sentiras le prix des conseils que te donoe la tendresse de ton oncle i.

On le voit, Berryer ne se préoccupe pas moins du développement moral et religieux que des progrès intellectuels de ses chers enfants. Dans toutes ses lettres il les excite à la piété, il leur conseille d'affermir leur foi. La lettre suivante, qu'on nous pardonnera de citer encore, en est une preuve touchante.

Mes chers neveux Georges et Lucien,

Je n'ai pas voulu vous écrire pendant les jours de retraite de la semaine sainte ; j'étais cependant impatient de vous dire que j'ai lu avec un grand contentement les lettres que vous avez dernièrement adressées à vos père et mère. Je suis heureux de vous voir exprimer des sentiments aussi religieux, et charmé des bonnes dispositions que vous annoncez pour l'avenir. Je vous félicite d'être bien pénétrés des grandes vérités qui vous sont enseignées au petit séminaire, et je me réjouis d'avoir eu la volonté de vous y réunir à mou cher potit-lils, que vous encouragerez par vos conseils et vos exemples. Je vous remercie de la part que vous voulez me faire obtenir dans les grâces que vous demandez au bon Dieu. Votre foi et la pureté de vos cœurs feront, je l'espère, exaucer vos prières. Moi aussi, je prie et je prierai pour vous.

Puissiez-vous, mes chers neveux, pour le bonheur de toute votre vie, ne vous écarter jamais de la bonne voie dans laquelle vous êtes aujourd'hui si bien dirigés. Vous ferez la consolation de vos père et mère qui vous aiment si tendrement. Dieu veuille que vous ne perdiez jamais le souvenir des promesses que vous faites aujourdhj; avec une si g v. de sincérité.

1. Lcllrc iiHilile. Aiigcrvillo, 20 octobre 1S6'. Papi.Ti ùe M. G. Berr, c*.

Toi surtout, mon clier Lucien, que le jour auquel tu vas pour la première fois t'approclier de la sainte table ne s'efface jamais de ta mémoire. Reste fidèle aux saints engagements que tu vas prendre. Persévérez tous deux, mes chers neveux, persévérez avec ardeur et confiance dans les pratiques religieuses que la sainte Église vous commande. Écoutez si bien les leçons que vos maîtres vous donnent qu'elles vous soient présentes à l'esprit et au cœur tant que vous vivrez. C'est encore remplir son devoir religieux que d'apporter toute votre application à vos études classiques. L'instruction que vous acquerrez vous mettra à même de parcourir avec succès dans le monde les carrières auxquelles vous serez appelés. C'est ainsi que vous servirez Dieu, votre famille et votre pays, et que vous rendrez votre nom honorable.

Soyez donc des écoliers vertueux, c'est-à-dire des écoliers assidus, obéissants, laborieux. Vos dernières lettres me donnent les plus douces espérances pour votre avenir. Persévérez, je vous le redis, et ' en vous assurant ainsi le bonheur ici-bas, vous répondrez à l'attachement qu'a pour vous votre vieil oncle.

Je vous embrasse tous deux et vous charge de bien embrasser Henri en mon nom.

Augerville, 4 avril 1863. Berryer K

Tous ceux qui approchaient Berryer se ressentaient de la bonté de son cœur. Un de ses secrétaires, l'ayant quitté par ambition, tomba bientôt dans la misère. Berryer Fapprit et s'en montra très affligé. — « Prends cette somme, dit-il à son domestique en lui remettant 1,000 fr., et porte-la à M. M. Tu lui diras qu'en vérifiant mes comptes j'ai reconnu que je lui devais cet argent. » L'ancien secrétaire comprit et n'accepta ce secours que sur les vives instances de son ancien maître.

Berryer considérait ses serviteurs comme faisant partie de la famille et s'intéressait avec sollicitude à leur santé et à leurs besoins. Homme des temps antiques, il se plaisait à faire revivre dans sa maison ces nobles traditions de patro- .nage et de protection qui honorent l'ancien régime. Aussi

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