J. Ferry, voir le Temps, novembre iS
armée attaquer le territoire. Il avait pénétré jusqu'à Soissons, quand Bouchard survint et marcha droit à lui. Il remporta une victoire dans laquelle il prit quatre aigles imj^ériales. Le roi lui accorda pour ce fait d'armes le droit de porter ces quatre aigles aux quatre angles de la croix blanche de sa bannière.
Plus tard, au xiiie siècle, au mémorable jour de 1214, Matthieu de Montmorency, qui eut si grande part à la bataille de Bouvines contre Otbon IV, empereur d'Allemagne, présente à Philippe-Auguste un trophée de douze bannières aux aigles impériales.
Quelle scène magnifique ! Le roi, qui avait poussé au plus fort de la bataille, et s'était j-rté vaillamment dans la mêlée, blessé luimême, voit après la victoire Matthieu de Montmorency venir à lui couvert de blessures ; Philippe-Auguste, trempant son doigt dans le sang qui s'en échappait avec abondance, fait sur l'écusson du connétable une croix rouge dont les quatre bras seront désormais cantoïinés avec les douze aigles impériales que Montmorency vient d'enlever à l'ennemi. Yoilà la superbe origine des seize alérions conquis aux batailles de Soissons et de Bouvines dont M. Adalbert se veut parer.
Ce sont là des parures héroïques, un signe national dont nul n'a le droit de disposer, pas plus qu'il n'est permis en France d'aliéner les diamants de la couronne ; marques d'honneur chères et sacrées pour la famille à qui elles appartiennent, et dont un étranger ne peut pas être affublé héréditairement, comme en un jour de fête ou de folie on revêt les costumes et les armures des anciens preux pour s'en faire un brillant ornement dans les mascarades de la cour ou de la ville.
.... La tentative aujourd'hui faite n'alarme pas seulement les iils de toutes les familles de notre vieille noblesse française, elle est un légitime sujet d'inquiétude pour les survivants et les héritiers des grands noms, anoblis par l'éclat immortel des victoires remportées en notre âge : Bellune, Montebello, d'Istrie, d'Albuféra, Reggio, d'Eckmuhl, Tarente et tant d'autres, et Malakoff et Magenta.
Je me sens poui' eux l'indignation d'une fierté jalouse, et en cet instant se remuent dans ma mémoire les beaux vers d'Auguste à Ginna :
Oses-tu bien penser que les Serviliens,
Les Cosses, les Metels, les Pauls, les Fabiens,
Et tant d'autres enfin, de qui les grands courages
Des héros de leur sang sont les vives images.
Quittent le noble orgueil d'un sang si glorieux
Jusqu'à pouvoir soudiir....
Souffrir.... l'usurpation de leur bien le plus cher 1 N^jn, vous ne ^consacrerez pas une telle usurpation, 'etc.... i.
i. Plaidoyers, IV, p. 336, 338.
La cour lui donna raison, du moins pour ce qui concernait les armoiries.
Nous arrêtons ici cette énumération des luttes judiciaires de Berryer ; non que nous ne puissions continuer, car le vaillant orateur combattit jusqu'au dernier jour contre Tinjustice et contre la force pour le droit, la vérité et la liberté. Eu 18G8, âgé de soixante-dix-neuf ans, nous le verrons plaider encore pour le gouvernement des États-Unis. Mais nous croyons avoir suffisamment prouvé que personne en ce siècle n'a, plus que Berryer, honoré et illustré le barreau français.