Œuvres parlem., V, p
— 45(3 — sonne n'en prévit mieux l'issue que Berryer, personne n'en signala les dangers avec plus de vigueur. Au mois de janvier 186i, l'adresse de la Chambre des députes constata les inquiétudes que cette expédition, succédant à celles de Chine et de Cochinchine, inspirait à beaucoup d'esprits. L'opposition proposa un amendement condamnant l'entreprise et demandant le rappel immédiat des troupes. Quoique très souffrant alors, Berryer intervint deux fois dans les débats, le 26 et le 27 janvier. L'orateur retrouva, en parlant de la France, ses fiers accents de 1840. Sans blâmer le principe de la campagne, il s'éleva énergiquement contre le fait d'avoir continué la guerre, seuls, après satisfaction reçue du gouvernement mexicain; il signala la difficulté insurmontable de soutenir à une telle distance l'archiduc Maximilien, et prévit trois ans d'avance la banqueroute finale de l'entreprise, et l'intervention des États-Unis.
On a parlé de la gloire, dit-il. Oui, la gloire de nos soldats couvre tout, elle couvre toutes les fautes. Mais cette gloire, qui ne nous manque jamais, sera toujours la même, elle a été la même dans toutes les rencontres, dans tous les siècles. Depuis le premier jour de la monarchie française, depuis qu'un roi chrétien s'est assis sur le trône de France, le soldat français a toujours été le même, et, malheureusement, bien des gouvernements, et des gouvernements coupables, ont voulu couvrir leurs fautes par l'éclat toujours immanquable de la vaillance et de la gloire des soldats français....
Mais maintenant, continua-t-il, qu'atteudez-vous pour en finir?.... Quand votre honneur est vengé, quand la victoire est revenue à vous, quand vous avez effacé tous les affronts que ces barbares ont essayé d'imprimer un moment sur le front de la France, quand vous avez ressaisi la victoire, quand vous êtes maîtres dans la capitale, quand vous avez fondé un gouvernement nouveau qui est entouré de toutes les forces dont il peut et doit user, tout est terminé, pourquoi ne pas vous arrêter?.... Pourquoi pas? N'y a-t-il rien de laW! N'avez-vous rien fait?.... C'est une confession que vous ne voudrez pas nous faire?
.... Si vous ne traitez pas avec le gouvernement que vous avez fondé vous-mêmes, c'est donc parce que ce gouvernement n'a pas la majorité du pays, c'est donc parce que vous seuls le soutenez, c'est
donc parce que les populations de ce pays coiu'bent aujourd'hui la tête en présence de vos armes, mais qu'elles se relèveraient le jour où vos armes se retireraient.
Et c'est dans un tel pays que vous voulez amener un prince autrichien pour y représenter la majorité des populations, pour y être l'enfant de vos victoires!.... Non, non, vous ne le ferez pas! L'entreprise serait insensée. Vous vous livreriez à toutes les aventures Vous ne pouvez pas, par honneur, appeler le prince Maximilien au Mexique, si le pays est dans un tel état, si le gouvernement que vous y avez placé n'est pas assez puissant pour le soutenir seul. Ou bien si, malgré tout, vous persistez à l'y appeler, il faudra que vous l'y souteniez.
Le soutenir!.... Eh! Messieurs, ce pourra être pendant de longues années.... Songez donc, avant de consolider un royaume, un empire à trois mille lieues de chez nous, songez donc à ce qui nous est arrivé à nos portes ! Comment ! nous avions reçu un affront du dey d'Alger, nous avons vengé cet affront, nous avons fait tomber sa capitale qui est là en face de nos ports, et il nous a fallu quinze années de combats pour établir notre autorité sur une nation qui n'avait pas dans son sein des causes de déchirements intérieurs, qui n'était pas partagée en partis hostiles, et que nous délivrions du joug des Turcs, il nous a fallu quinze années de luttes pour arriver à pacifier l'Algérie. Quelle entreprise ne serait-ce donc pas que de pacifier le Mexique, d'y éteindre les passions politiques des partis qui le divisent, de les rallier à une monarchie nouvelle, alors que, depuis cinquante ans, il y a eu tant de bouleversements dans ce malheureux pays ! Combien n'auriez-vous pas à vaincre de résistances pour faire passer de pareilles populations de l'état républicain à l'état monarchique 1?....
Il ne se passa point de session que Berryer ne revînt sur cette grave affaire, et les événements ne donnèrent que trop raison à ses prophéties. — En 1866, lors de la discussion du projet d'adresse à l'Empereur, Berryer prononça un remarquable discours sur l'Algérie. Tout en excitant le gouvernement à développer la colonisation dans cette magnifique conquête de la royauté, il l'engagea à s'appuyer, pour réaliser cette œuvre, sur les peuplades indigènes, sur les Berbères et