BERRYER ET M, DE VILLÈLE PENDANT LA RESTAURATION
A ses grands orateurs politiques, de Serre, Laine, Royer- Collard, Chateaubriand, Martignac, etc., la Restauration pourrait joindre Berryer, s'il eût pris dès lors dans nos assemblées la place que son talent lui assignait. Mais pour être député, la loi de 1814 exigeait quarante ans d'âge, et il en avait à peine vingt-cinq. Lorsqu'on 1830, après quinze ans d'attente, il aborda enfin cette tribune si longtemps désirée, il arriva trop tard : les idées qu'il venait défendre étaient vaincues.
Il n'en tint pas moins dès 1816 une place importante dans le parti royaliste. Ce grand parti était malheureusement bien fractionné, et il est demeui*é tel pendant toute la Restauration. Quelques-uns, estimant imprudentes et dangereuses les revendications de la Chambre de 1815, s'efforçaient de la discréditer. Ils avaient d'autre part des ménagements pour les partis vaincus, révolutionnaires et impérialistes, et s'imaginaient ainsi désarmer leur opposition. On les traitait de libéraux, bien qu'ils n'eussent rien de commun avec les vrais libéraux. Benjamin Constant et Lafayette.
M. Decazes, ministre de la police et confident de Louis XVIII»
— 'i(3 — était le plus en vue. Non seulement Berryer ne fit point partie de cette fraction, il la combattit avec acharnement, surtout après la dissolution de la Chambre introuvable, et lorsque M. Decazes eut enlevé à Chateaubriand son titre dr ministre d'État. Partout, dans la presse et devant les tribunaux, Berryer lui fit une guerre sans merci. Le procès degénéraux Canuel et Donnadieu fut le principal incident (\< cette lutte.
Lors des insurrections de 1816, Donnadieu commandait à Grenoble, et Canuel à Ljon. Ils furent accusés, le premier d'avoir exagéré l'importance de la révolte, et le second d'avoir outré la répression. M. Decazes crut les dénonciateurs et fit destituer les généraux. Ceux-ci n'acceptèrent point le coup, se posèrent en victimes et poursuivirent leurs détracteurs. Berryer soutint avec succès la réclamation de Canuel et de Donnadieu, et ce lui fut une bonne occasion d'attaquer M. Decazes. Nous ne citerons qu'un trait de sa violente philippique :
Hélas 1 s'écriait-il, les plus sages des rois doivent s'égarer quand ils ont le malheur d'être livrés une fois à des hommes qui ont l'art il^' se rendre nécessaires. Dioctétien disait : « Il n'y a rien de plus dilïicil' que de bien gouverner. Quatre ou cinq hommes s'unissent et se concertent pour tromper l'empereur. Lui, qui est enfermé dans son cabinet, ne sait pas la vérité. Il ne peut savoir que ce que lui disent cequatre ou cinq hommes qui l'approchent. Il met dans les charges dehommes incapables, il en éloigne les gens de mérite. C'est ainsi, disait ce prince, qu'un bon empereur, un empereur vigilant et qui prend gardo à lui, est vendu. Bonus, caulus, optimus venditur Imperator*. »
A droite des libéraux se trouvait dans le parti royaliste Ir groupe des doctrinaires. C'étaient pour la plupart de> hommes remarquables, comme Royer-Collard , Laine, de Serre, Guizot, amis sincères de la liberté, avoue Berryer,