M. de Lacombe, Corresp., 10 mai 1887, p
« mais esprits trop abstraits et vraiment chimériques, poursuivant des déductions logiques sans tenir compte des nécessités gouvernementales, » égoïstes, avec un certain penchant « à juger froidement et sèchement les choses K » Berryer les estimait, mais leurs spéculations convenaient mal à sa nature dévouée et toute de sentiment.
Il n'appartenait pas davantage à cette portion exaltée du royalisme qui regrettait l'ancien régime et se proposait de relever tout ce que la Constituante avait abattu. Ne séparant point dans son cœur la liberté et la royauté, Berryer voulait la monarchie selon la Charte ; mais il était de la droite proprement dite et désirait son arrivée aux affaires. Sa place à la Chambre eût été entre Villèle et Chateaubriand.
Il voyait beaucoup Chateaubriand au Conservateur. Autour de lui et de sa revue le grand écrivain avait su grouper les plus illustres royalistes. Là se rencontraient Lamennais et son ami de Coriolis, Bonald, le cardinal de la Luzerne, les ducs de Montmorency et de Fi tz- James, MM. de Villèle, Corbière, Genoude et bien d'autres. Entre Berryer et Chateaubriand, une véritable affection s'établit promptement, pleine de respect et d'admiration d'une part, et, de l'autre, pleine d'espérances. Le jeune avocat était sous le charme, « sous l'harmonie, » a-t-il dit lui-même, quand l'auteur des Martyrs, de sa voix musicale, lui lisait, lui chantait plutôt ses articles sur la morale des intérêts, sur les entraves de la presse ou sur la dictature ministérielle. Le maître aussi écoutait parler Berryer et son éloqu-:nce l'étonnait : « Vous avez bien du talent, lui disait-il, vous irez loin, vous serez le premier de votre génération. » Et lui qui, dans ses œuvres littéraires, enveloppe ses idées et ses récits