‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 41 sur 230 · Donycr, l'ioidoi/rrs, I. p. 18'J · texte numérisé non relu

Donycr, l'ioidoi/rrs, I. p. 18'J

phrase de M. de Lamennais est traduite des constitutions apostoliques, la seconde de saint Grégoire de Naziance, la troisième de l'évangéliste saint Marc, la quatrième de l'apôtre saint Paul; qu'enun le dernier paragraphe est en son entier la traduction littéjale d'une lettre du pape saint Symmaque à l'empereur Anastase ! Voilà le corps du délit.... C'est dans ces pages détachées de l'ouvrage qu'on a prétendu découvrir des germes de désordre! une prédication de la révolte ! un enseignement aux sujets du droit de résistance contre les pHjices !!....

Il faut, pour condamner l'auteur, flétrir les opinions de Fénelon et de Bossuet, réformer les censures de la Sorbonne, condamner et les papes et les Pères de l'Église, et les saints et les apôtres, discuter dans une juridiction laïque les décisions des conciles, commenter les livres sacrés, que dis-je ? interpréter les paroles mêmes de Jésus- Christ !.... Quant à moi. Messieurs, je n'hésite point à déclarer que je ne me sens ni la force ni le courage d'entrer dans une pareille discussion au péril du scandale qu'elle ferait naître. Je dirai plus, je n'en ai pas le droit....

Abordant ensuite la fameuse déclaration, Berryer en rappelait l'origine malheureuse ; il prouvait, textes en main, que Bossuet et Louis XIV lui-même l'avaient répudiée. Le grand roi, en elïet, écrivait au pape en 1693 : « Je n'ai obligé personne à la soutenir contre sa propre opinion.... et j'ai donné des ordres pour que les choses contenues dans mon édit de 1682 ne soient pas observées.... »

Et quand même ! ajoutait l'orateur : comment admettre que l'édit de Louis XIV conserve force de loi après la Révolution française et sous l'empire de la Charte constitutionnelle ?

Qui ne comprendra que dans un pays où désormais toutes les croyances, tous les cultes sont également admis, salariés, protégés par la loi de l'Etat, l'indépendance et l'autorité du sacerdoce, interprète véritable et légitime défenseur de la doctrine, doivent être plus sévèrement respectées?... Si au milieu d'un grand nombre de cultes également tolérés, l'autorité civile essaie de faire peser sur les peuples l'insupportable joug de croyances imposées par une volonté humaine, bientôt toute la religion ne sera plus que l'œuvre du pou-

voir politique ; ce pouvoir, déterminant les dogmes et fixant la discipline, voudra comraandor à la conscience, qui ne doit obéir qu'à Dieu. Dès lors, on est conduit à une religion politique, et par là même souverainement intolérante, parce que cette religion devient une loi dont la violation doit être punie comme celle de toutes les autres lois. C'est marcher à l'établissement d'une Église nationale, qui n'est que la substitution d'une autorité particulière à l'autorité de la véritablo Église et de son chef. Tel est l'exemple que présenta l'Angleterre en ces temps où, suivant Bossuet, « la foi allait au gré des rois.... »

Et Berryer terminait par ce magnifique éloge de l'Église :

.... Xe respecterons-nous pas l'indépendance de cette sainte religion catholique, à qui seule est due la noble indépendance des nations modernes? Pouvons-nous oublier, dans nos injustes défiances, que l'esclavage a disparu partout où elle a porté ses lois, et que l'Europe lui doit l'heureux tempérament de ces institutions monarchiques dont l'antiquité ne nous laissa point d'exemple ? A qui osera-t-on faire un crime de vénérer dans son cœur et dans ses paroles cette grande puissance spirituelle, qui, toujours vigilante pour les rois et pour les peuples, leur fait sans cesse entendre ces nobles enseignements, fondements sacrés de tout ordre, de toute dignité, de toute liberté dans les États ! Peuple, obéis à Ion roi, il est l'image de Dieu sur la terre ; roi, garde-toi d'oublier dans les pompes de ta grandeur que le dernier de tes sujets est ton frère i.

Lamennais prit alors la parole; il ne dit qu'une phrase ferme et dédaigneuse :

Je dois à ma conscience et au caractère sacré dont je suis revêtu, de déclarer devant le tribunal que je demeure inébranlablomont attaché à tous les principes que j'ai soutenus, c'est-à-dire à l'enseignement invariable du chef de l'Église; que sa foi est ma foi, sa doctrine ma doctrine, et que jusqu'à mon dernier soupir je continuerai de la professer et de la défendre.

Puis les juges se retirèrent ; leur délibération dura longtemps et aboutit à ce verdict dérisoire qui ne satisfit persoiuif : M. (le Lamennais paiera trente francs d'amende !

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