‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 48 sur 230 · Guizot, Ilisloire parlementaire, I · texte numérisé non relu

Guizot, Ilisloire parlementaire, I

trouble notre sécurit»^, atteint notre prospérité et peut devenir funeste à notre repos. » (Vive interruption à gauche. Toute la gauche : A l'ordre! à l'ordre / — La droite : Bravo! Très bien! — Silence au centre.)

M. Berryer, d'une voix assurée : Vos interruptions ne me troublent pas ! .... Elles me satisfont ! . .. . L'horreur que la Chambre exprime contre les conséquences nécessaires de la rédaction proposée donne l'assurance que ce projet va être rejeté.... (Le calme se rétablit.)

.... Qu'importe maintenant, quand les droits du roi sont blessés, quand la couronne est outragée, que votre adresse soit remplie de protcstaiious de dévouement, de respect et d'amour ! Qu'importe que vous disiez : Les prérogatives du roi sont sacrées, si en même temps vous prétondez le contraindre dans l'usage qu'il doit en faire ! Ce triste contraste n'a d'autre effet que de reporter la pensée vers des temps de funeste mémoire. Il rappelle par quel chemin un roi malheureux fut conduit, au milieu des serments d'obéissance et des protestations d'amour, à changer contre la palme du martj're le sceptre qu'il laissa choir de ses mains. (Vives réclamations à gauche. — A droite : Très bien! Très bien! — Silence au centre.)

•Te ne m'étonne pas que dans leur pénible travail les rédacteurs do l'adresse aient dit qu'ils se sentaient condainnés à tenir au roi un pareil langage.

Et moi aussi, plus occupé des soins de l'avenir que des ressentiments du passé, je sens que si j'adhérais à une telle adresse mon vote pèserait à jamais sur ma conscience comme une désolante condamnation 1. »

Quand Berryer descendit de la tribune, un long frémissement d'admiration parcourut FAssemblée, La droite tout entière se leva. L'orateur se vit entouré et félicité par ses adversaires eux-mêmes. « Quel beau talent! » ditGuizot à Royer- GoUard. — « Ne dites pas un talent, répondit le président de la Chambre, dites une puissance! Mais cela ne doit pas nous détourner de frapper vite et fort. Ne laissons pas à la folie et à l'incapacité de quelques-uns le temps de détruire la discuSsion dans un paj's où il se trouve de tels hommes pour défendre la royauté. » C'est le même Royer-Gollard qui, avec sa haute compétence, rendit plus tard à Berryer ce magni-

Page 1