‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 49 sur 230 · Bfrrycr, Œuvres porlnncntaivcs · texte numérisé non relu

Bfrrycr, Œuvres porlnncntaivcs

fique témoignage : « J'ai entendu Mirabeau dans sa gloire, j'ai entendu M. de Serre et M. Laine. Aucun n'égalait M. Berryerdans les qualités principales qui font l'orateur '. » Mais comme Mirabeau se déclara trop tard pour Louis XVI et emporta dans sa tombe le deuil de la monarchie, ainsi Berrj'cr arriva trop tard pour sauver Charles X. Prévoyait-il ce jour-là, en descendant de la tribune, qu'il n'y remonterait plus sous le règne de ce roi, et que son premier discours devait être comme l'oraison funèbre de la monarchie légitime ?

« Royer-Collard s'était écrié que vous étiez une puissance, lui disait plus tard, à l'Académie, M. de Salvandy ; je m'assure que le mot dans ce moment ne trouva pas le chemin de votre orgueil! Il ne vous fit sentir que votre faiblesse par cette amère douleur des esprits convaincus et des âmes dévouées, d'avoir devant vous un de ces courants d'opinion qu'aucune main ne domine, qu'on ne surmonte quelquefois qu'à la condition de s'y confier, que votre voix était impuissante à détourner de sa route ~. »

En effet, le soir de ce même jour, à la lueur incertaine de quelques lampes, l'adresse des 221 fut votée. Il parait qu'à l'issue de la séance, M. ^e Polignac, frappé comme tout le monde du merveilleux début de Berryer, lui fit de nouveau offrir par M. de Chabrol le titre de secrétaire d'État : « A l'heure qu'il est, répondit Berryer, ce titre est au-dessus de mes prétentions ; dans la session prochaine il sera peut-être au-dessous de mes services. »

On sait quelle fut la réponse du roi à l'adresse : « Mes-

1. Paroles de Royer-Collard à son neveu, M. Genty de Bussy, citées par M. Nettement dans sa brochure sur Berryer, p. 47.

2. Réception de Berryer à l'Académie française, réponse de M. de Salvandv p. 71.

sieurs, j'avais droit de compter sur le concours des deux Chambres pour accomplir tout le bien que je méditais; mon cœur s'afflige de voir que les députés des départements déclarent que de leur part le concours n'existe pas.

a J'ai annoncé mes intentions dans mon discours d'ouverture de la session. Ces résolutions sont immuables ; l'intérêt de mon peuple me défend de m'en écarter. Mes ministres vous feront connaître mes intentions. »

Le lendemain, la Chambre fut prorogée. C'était le prélude de la dissolution. Dans l'intervalle eurent lieu plusieurs tentatives de conciliation. Un grand nombre de députés des centres, effrayés d'une résistance qu'ils n'avaient pas prévue, regrettèrent d'avoir voté l'adresse et firent savoir au roi qu'ils étaient prêts à discuter le budget présenté par M. de Polignac. Ils mettaient comme condition qu'après ce vote, le roi rappellerait au pouvoir M. de Villèle. Ce dernier, pressé par ses amis, était revenu de Toulouse depuis quelques jours. Berryer alla le voir et le pressa d'accepter. Il considérait son retour aux affaires, soit avec M. de Polignac, soit après lui, comme le seul moyen de tout sauver. Villèle refusait de faire partie du ministère Polignac, mais il eût accepté sa succession. Malheureusement, Charles X s'aveuglait de plus en plus. Toutes ces démarches n'étaient à ses yeux qu'une intrigue de Villèle; et au moment de le recevoir, on l'entendait dire: « Je vais bien l'attraper : je ne lui parlerai que de son Midi. »

La dissolution fut prononcée le 16 mai. M. de Villèle était reparti pour « son iMidi, » profondément découragé, a La monarchie, écrivait-il, m'a fait l'eflet d'une place minée et contreminée dans tous les sens, que la moindre étincelle doit faire sauter.... Une lutte formidable est engagée entre une majorité factieuse, en possession de la majorité des conseils

électoraux, et le roi. Et les troupes sont dispersées, et le ministre de la guerre est en Afrique. Quelle imprévoyance! Jamais pareil aveuglement n'a précédé et amené plus clairement la chute d'un gouvernement. »

Les élections nouvelles devaient avoir lieu entre le 23 juin et le 19 juillet. Berryer se représenta au Puy. C'est probablement avant de partir pour l'Auvergne qu'il eut avec M. de Polignac l'entrevue racontée plus tarda Augerville: «J'en reçus l'accueil le plus affectueux. Le prince me parla de mon père, de moi-même, en des termes dont le souvenir m'émeut encore, puis m'offrit le portefeuille de la justice. Je refusai cette offre, alléguant ma complète inexpérience politique. Il y a des hommes, me répondit-il, qui n'ont pas besoin d'expérience! Cette parole me frappa douloureusement dans sa bouche et je compris qu'il ne se l'appliquait que trop à lui-même!

« J'essayai de protester, mais il reprit : Vous croyez mon entreprise prématurée, téméraire, et vous n'osez pas me le dire. Eh bien ! j'aurai plus de confiance en vous que vous n'en avez en moi. Oui, peut-être n'aurais-je pas assez de forces pour mener tout à bonne fin, si j'étais seul. Mais je vais vous révéler ce que je n'ai fait connaître qu'à un bien petit nombre d'amis. Dieu m'assiste, chaque jour, par des communications sur l'origine desquelles je ne puis me tromper K

tt Et il se mit à me parler de ses visions, de la sainte Vierge, des promesses qui lui étaient faites. Quand je lui demandais : Mais où allez-vous? Quel est votre plan? il me disait : Soyez tranquille. Je n'obtins jamais d'autre réponse. »

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