‹ Berryer, sa vie et ses œuvres 1790-1868Chapitre 55 sur 230 · M. de Lacombe, Corresp., 10 mars · texte numérisé non relu

M. de Lacombe, Corresp., 10 mars

106 — au moment où, pour la troisième et dernière fois, ils s'acheminent vers l'exil. J^ Puis, raconte-t-il lui-même, mon domestique emporta la défroque de la pairie, et j'abandonnai, en secouant la poussière de mes pieds, ce palais des trahisons où je ne rentrerai de ma vie K » Un autre pair, M. de Kergorlay, voulant donner à son refus de serment une publicité plus éclatante, écrivit au président de la Chambre haute et publia sa lettre dans les journaux royalistes. On y lisait au sujet du duc d'Orléans :

Je pense qu'il était de tous les Français celui à qui l'usurpation dut sembler la plus criminelle. Un de ses ancêtres gouverna mal la France, mais fut parent et régent fidèle pendant la minorité d'un roi enfant, dont la vie seule le séparait du trône. Cet exemple méritait d'être préféré comme règle de conduite à des souvenirs moins distants.

De ce fait, M. de Kergorlay fut traduit devant la Chambre des pairs et, malgré l'éloquente défense de Berryer, condamné à six mois de prison. Dans son plaidoyer, comparant sa propre conduite à celle de son client, Berryer expliqua de nouveau son serment :

D'autres, dit-il, ont considéré que ce nouveau gouvernement luimême déclarait officiellement que le serment demandé n'était qu'un engagement de consacrer au bien public l'autorité dont on était revêtu ; qu'on n'imposait donc pas un acte de foi à de nouveaux principes, mais un acte de soumission à un fait dominateur. Ils ont pensé que ce serait un moindre mal pdur le pays d'être gouverné par un pouvoir nouveau que de manquer entièrement de gouvernement.... Ils ont compris enfin qu'indépendamment de leurs devoirs envers le roi légitime, ils avaient des devoirs envers leur pays, et qu'en protestant pour le droit qu'aucune force sur terre ne peut détruire, ils devaient se soumettre aux conditions présentes et ne pas abandonner aux hommes d'une opinion contraire les intérêts de ceux qui partagent les mêmes sentiments *.

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