Œid'ri'x pnrlnnenlnirr" 1. p. 101 et suiv
— lio — contrait avec tous les adversaires du gouvernement; les républicains prenaient part à ses triomphes et l'applaudissaient à l'envi. Mais quand il affirmait ses principes et ses regrets, quand il se levait pour défendre la mémoire ou les intérêts de ses princes malheureux, alors la salle entière devenait houleuse, les passions endormies se réveillaient, et l'orateur se trouvait vraiment seul en présence du plus ingrat et du plus intolérant des auditoires, un auditoire de vainqueurs. Berryei- parlait néanmoins en toutes rencontres. Sa voix puissante dominait les clameurs. Il parlait sans espoir de convaincre; mais, inspiré par sa conscience et son cœur, en même temps qu'excité par les difficultés de sa situation, il finissait toujours par subjuguer l'assemblée.
Berryer intervint d'abord en faveur des anciens ministres de Charles X. Arrêtés depuis plusieurs semaines, M. de Polignac et ses collègues savaient le sort qui les menaçait. Du fond de leur cachot, ils pouvaient entendre les cris sinistres de la foule demandant leurs têtes; Berryer n'ignorait pas qu'il était dangereux de les défendre. Ses amis essayaient de l'en détourner, et il recevait de ses ennemis des lettres anonymes et remplies de menaces. Il s'empressa quand même d'offrir aux prisonniers l'appui de sa parole et demanda à plaider seul pour tous. MaisM™" de Polignac, craignant que l'ancienne amitié de Berryer pour les prévenus no nuisit à leur défense et ne constituât un danger pour l'avocat lui-même, le supplia secrètement de renoncer à sa généreuse entreprise et d'en informer le prince. Ce fut alors que Berryer adressa à M. de Polignac cette lettre où éclate la noble délicatesse de son âme :
a Mon prince,.... je me suis mis très sincèrement à votre disposition, et en m'offrant pour votre défense et celle des anciens ministres du Roi, je n'ai pas eu du tout la pensée de déterminer votre choix; j'ai voulu seulement me montrer
— IIG — fidèle à mes amitiés, et que tous quatre vous fussiez sûrs que, quels que pussent être les événements, un homme ami était là, qui ne vous manquerait jamais....
<■< Quant à vous, mon prince, vous n'en devez pas moins demeurer tout à fait libre, et le choix de votre défenseur doit être fait, non au gré de vos affections ou de votre confiance personnelle, mais selon les conseils de la prudence et l'examen approfondi de ce qui importe le plus à votre salut dans la situation terrible où vous êtes jeté....
« Si donc vous pensez que ma présence puisse inquiéter ceux qui doivent vous juger, que mes principes politiques, trop invariables ou trop connus, peuvent affaiblir l'effet de votre défense ou jeter dans le peuple une animosité qui pourrait être funeste, n'hésitez pas, fiez votre cause à un autre organe, et que cette détermination ne vous inspire vis-à-vis de moi le moindre embarras. Je vous le répète, je suis très franchement à votre discrétion.
« Je n'ai personnellement aucune crainte, et le mot de coaccusé ne m'effarouche pas du tout.... Il ne faut donc pas que dans votre détermination vous ayez le moindre égard au prétendu danger que je pourrais courir.
« Tout ce qui m'est personnel est fixé. Le cours de ma vie politique et du barreau est violemment interrompu, mes intérêts de famille et de fortune personnelle sont brisés. Je ne m'abuse pas; aussi je trouve qu'il n'y a rien de si facile que mon dévouement.
« Un seule chose m'importe, c'est de rester aux yeux de tous conséquent avec moi-même, et sans l'apparence d'un tort ni d'une faiblesse dans ma conduite.... Je ne veux que garder la réputation de mon caractère et de mes sentiments. Elle est à peu près le seul bien qui me reste. »
Le prince de Polignac répondit : « Si je n'avais déjà des
preuves de votre attachement et de votre amitié, le langage sincère, loyal, désintéressé de votre lettre m'en fournirait une bien précieuse pour moi.... L'offre généreuse que vous m'avez faite de votre ministère m'est une preuve que la différence des temps n'amène aucun changement dans vos sentiments. Vous connaissez les miens pour vous, mon cher Berryer; ils vous sont acquis depuis longtemps, ils ne finiront qu'avec ma vie ^ »
On sait que l'accusé jugea plus habile de s'adresser à un ancien adversaire et confia sa défense à M. de Martignac. Berryer se borna donc à combattre devant la Chambre la mise en accusation.
On veut que vous accusiez les anciens ministres de haute trahison? Envers qui? Envers le roi qui a été précipité du trône ou envers celui que vous venez d'y appeler ? Contre l'ordre de choses que le peuple a détruit ou contre celui que vous venez de créer? Contre la Charte, dont vous-mêmes avez renversé le principe fondamental, changé le caractère et modifié les dispositions?.... La Charte dit que la personne du roi est inviolable et sacrée, que ses ministres seuls sont responsables. Ces deux principes sont corrélatifs, dépendants l'un de l'autre, inséparables l'un de l'autre.... En déclarant la vacance du trône, en frappant le roi lui-même par la perte de ses droits, en le frappant jusque dans sa postérité, vous avez réputé qu'il avait voulu, commandé, exigé, et vous ne pouvez désormais punir ses ministres de leur obéissance.
Ce n'est pas que je regarde les ministres comme exempts de tout reproche. Ah ! les plaintes trop légitimes qui s'élèvent contre eux ne sont pas seulement les plaintes de ceux qui demandent qu'on les condamne ! La couronne de l'héritier de tant de rois ! le caractère d'un prince loyal et humain si douloureusement compromis, livré à de si vives accusations ! la longue paix et l'immense prospérité d'un grand peuple menacées de si désolants désastres ! Oui, ils sont coupables \ Mais vous ne pouvez pas vous faire leurs accusateurs, et je ne leur vois plus de juges sur la terre de France 5....
Quelques mois plus tard (mars 1831), il fallut donner à la