L. Vt'uillot. Pi-rmùns nti'nnacs
Comme Berryer l'avait prévu, l'arrêt de proscription fut voté ; mais le gouvernement en poursuivit l'exécution avec une bienveillante mollesse. Il y eut quelques déplacements, mais pas un religieux ne fut contraint de quitter la France. La tourmente qui emporta le gouvernement de Juillet respecta la Compagnie de Jésus. Et l'on vit même, spectacle étrange! l'homme qui avait .'oulu proscrire les Jésuites se lever pour les défendre. Rendons-lui celte justice, peu d'orateurs, en 1849, ont plus fait pour la liberté religieuse, pour la liberté de l'enseignement surtout, que M. Thiers.
« Passez aux Jésuites ! » lui criait la gauche furieuse. Et M. Thiers, très calme, répondait : « Oui, je vais passer aux Jésuites. »
A gauche. — C'est faitl Vous y êtes passé aux Jésuites! {Rire général'prolongé.)
M. TJiiers [souriant). — Oui, c'est convenu, je suis un Jésuite, d'accord. {Nouvelle hilarité p'>"olongée.)
M. de MoJitalembert. — Je ne suis donc plus le seul dans l'Assemblée!
M. Thiers. — En présence des dangers qui menacent la société, j'ai tendu la main à ceux qui m'avaient combattu, que j'avais combattus; ma main est dans la leur, elle y restera, j'espère, pour la défense de cette société qui peut bien vous être indifférente, mais qui nous touche profondément i.
Quant à Berryer, il n'eut pas à changer et continua de dé fendie en toutes rencontres la liberté de l'Église. En 1850, il avait été nommé président de la commission du budget. Pendiir.t la discussion, M. Jules Favre proposa cet amendement insidieux : « Le gouvernement présentera dans le plus bref délai possible un projet de loi destiné à rétablir l'inamovibilité des desservants et des succursalistes et l'institution des officialités diocésaines. »