‹ Berthe aux grands pieds, imagériesChapitre 4 sur 17 · LE BON ROI PÉPIN · texte numérisé non relu

LE BON ROI PÉPIN

Sachez-le tous avant de vous mettre en campagne, J'aurai d'elle un enfant qui sera Charlemagne. Nous serons gouvernés, messieurs, soyez contents. Dispersez-vous. J'ai dit. Je suis veuf, et j'attends. »

La Chevauchée des Barons

Lc4 CHEVo4UCHÉE DES "BcAT^O^S

Sur des chevaux noirs, sur des chevaux blancs, Les hardis barons se sont mis en selle. De tout son désir Pépin les harcèle; Barons et coursiers ont l'écume aux flancs.

Épris d'horizons et goulus d'espace.

Ils vont, écrasant, dans les champs herbeux, Troupeaux de moutons et troupeaux de bœufs, La moisson qui pousse et l'enfant qui passe.

Ils vont devant eux, sans trop savoir où; Leur galop d'enfer luit dans la ténèbre; Un qui tombe pousse on grand cri funèbre, Sa bête ayant mis les pieds dans un trou.

Et toujours, au loin, le reste s'élance

Des crêtes des monts aux crêtes des monts.

Criant et hurlant comme des démons,

Hâtant leurs chevaux à grands coups de lance.

Oh! les râteliers d'où pendait le foin! Épuisés, meurtris, des coups qu'ils leur flanquent, Les pauvres bidets s'usent et s'efflanquent... Pourtant la Hongrie est encor bien loin.

L'arrivée

C^EPENDANT Ont passé les nuits après les jours, Et Berthe à son balcon, pensive, attend toujours. Les lèvres et les mains vaines, mais sans reproches. Or voici que les temps, et les barons, sont proches, Et la vierge bientôt ne doit plus ignorer Que Pépin se languit de toujours espérer. Ils viennent. Les voilà, fourbus et hors d'haleine; Leurs ombres devant eux s'allongent sur la plaine,

Et leur cuirasse luit dans le soleil couchant.

Le galop des chevaux se hâte en trébuchant.

Mais là-bas, comme Eisa fit plus tard vers le cygne,

Berthe aux grands pieds leur tend les bras et leur fait sign

Puis, se ressouvenant qu'elle est fille de roi.

Elle prend un air doux, mélancolique et froid.

La Demande

Lc4 VES^cAC^VE

Les barons ont fait la demande.

Tout s'est passé selon leurs vœux.

Le père a dit : « Ma joie est grande. » Et Berthe : c< Si Ton veut, je veux. »

Elle rougit, suivant l'usage.

Et tous les barons d'admirer, Au nom de Pépin, ce visage Si clair qu'on s'y pouvait mirer.

Alors, le roi Flores propose :

c< Messieurs, vous devez avoir faim.

Venez donc prendre quelque chose De réconfortant et de fin.

« Vous avez la joue et l'œil caves, Et vos chevaux n'en veulent plus.

Videz mes celliers et mes caves, Soyez friands, soyez goulus.

« Tout est conclu, rien ne vous presse. Restez un mois, restez-en deux.

Reposez-vous avec ivresse Des nuits et des jours hasardeux. »

Mais eux que Pépin seul anime, Plus forts que la tentation.

Déclinent d'un geste unanime Cette aimable invitation :

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