LA DEMANDE
« Notre prince est en peine, sire, Laissez-nous partir à l'instant.
On se consume comme cire.
Quand on ignore et qu'on attend.
— J'aime, dit le roi, votre zèle; Mais je ne puis, à mon regret.
Vous octroyer la demoiselle.
Sans son trousseau qui n'est pas prêt.
« Si vous avez trop souciance Du roi qui languit de savoir.
Portez à son impatience L'allégement d'un sûr espoir.
c< Volez à lui, prompts comme flèche, Vous lui direz en arrivant Que Berthe vous suit en calèche.
Et que son cœur marche devant. »
Il dit. Chacun bondit en selle.
Et c'est ainsi, de huit à neuf,
Que Berthe aux grands pieds, très pucelle,
Fut promise à Pépin, très veuf.
Départ pour la France
LE VÊTc4T{T TOU\ Lc4 F\c4C^CE
jL o ut est prêt. Sous les doigts des brodeuses agiles, Les robes de velours, de soie et de satin. Belles de leurs couleurs pimpantes et fragiles, Sont écloses, comme des fleurs dans le matin.
On a mis aux chevaux des guirlandes de roses; La cour d'honneur a pris un air d'enchantement. Des poètes joufflus ont récité des proses Au nom de la famille et du gouvernement.
Voici l'heure des vrais adieux et des tendresses,
Et du dernier baiser, qu'un autre toujours suit.
Le roi Flores se sent le cœur plein de détresses.
Des pleurs tremblent au bord de ses yeux pleins de nuit.
« Adieu, puisque je suis trop vieux pour vous conduire. Ma fille, trop d'hivers ont alourdi mes pas; Mais si dans mon palais l'âge m'a su réduire, Mes suprêmes conseils ne vous quitteront pas.
« Aux pauvres, avant tout, ne soyez point amère. Il sied mal au bonheur d'être orgueil et dédain. Soyez fleur, blanche fleur, comme était votre mère, Ouvrez votre âme a tous, ainsi qu'un clair jardin. »
Il dit, et se détourne, et Berthe sans pensée Sanglote éperdument, sachant qu'il est trop tard. Tout au fond de son cœur d'heureuse fiancée S'éplore la tristesse amère du départ.