‹ Berthe auz grands pieds: imageriesChapitre 9 sur 17 · LE DERNIER ADIEU · texte numérisé non relu

LE DERNIER ADIEU

« Je l'ai voulu choisir, vierge de tout soupçon, Parce que vous l'aimez et qu'elle vous ressemble Au point qu'on vous prendrait, quand vous êtes ensemble, Pour deux fleurs du même buisson.

a Sa présence sera douce à votre souffrance.

Elle, du moins, elle est heureuse et rien ne perd Car sa mère Margiste et son cousin Tybert Vous suivent avec elle en France;

a Ils veilleront sur vous, ma fille, tous les trois... » Elle dit, et l'embrasse, et le navrant cortège S'éloigne ; et Blanchefleur, pour que Dieu les protège, Fait dans l'ombre un signe de croix.

L'entrée à Paris

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1 ARis! Des fleurs et des drapeaux!

La ville entière est pavoisée, Les balcons et l'humble croisée, Les monuments et les chapeaux.

Des gens sont grimpés aux toitures.

Risquant de se rompre le cou, Pour voir, — et d'ailleurs pas beaucoup, Passer au galop trois voitures.

Car chacun sait que, ce jour-là, — Le matin ou dans la soirée — Berthe va faire son entrée Dans son carrosse de gala.

On hurle, on s'étouffe, on s'égorge...

Pépin, dès la pointe du jour.

A dû rencontrer son amour Près de Villeneuve-Saint-George.

On se renseigne éperdument :

« On dit qu'elle est jeune et gentille...

— Monsieur, vous écrasez ma fille...

— Où donc est passé mon amant?... »

On se bouscule, on se querelle.

Soudain, rumeur. C'est Berthe enfin.

Mignonne comme un séraphin Et saluant de son ombrelle.

l'entrée a paris 49

Elle passe au milieu des cris Dont on accueille les carosses.

Tous ces gens lui semblent féroces.

Pépin prend des airs attendris.

Elle a passé. Grave et sereine, La foule au. hasard se répand, Et tous — bourgeois ou sacripant — Sont très fiers d'avoir vu la reine.

Le Complot

LE COéMTLOT

'ans tout ce qui précède on n*a point vu de traître. Patience! un instant : les nôtres vont paraître, Dans cette chambre obscure et propre aux noirs desseins. Tous les trois ont quitté leurs airs de petits saints ; Ils trament un complot : Margiste en sera l'âme, Alix en est la fleur, Tybert en est la lame... Ah ! pauvre Blanchefleur, si tu pouvais les voir. Sinistres, parlant bas dans Tombre, trio noir,

f4 BERTHE AUX GRANDS PIEDS

Sans scrupule ourdissant leurs toiles d'araignée Dont ta Berthe est déjà la mouche désignée, Comme tu maudirais d'un cœur épouvanté Ta crédulité borgne et ta naïveté!

Le Repas de Noces

LE %ETq4S VE !P^0CES

vJ E ne vous dirai rien de la cérémonie Par qui la pauvre Berthe à Pépin fut unie ;

Je ne vous dirai pas Les gestes onctueux de Tévêque aux doigts souples, Le discours de l'adjoint, le nom des plus beaux couples.

Le menu du repas.

f8 BERTHE AUX GRANDS PIEDS

Vous saurez seulement qu'on a fait chère lie. La voisine au dessert est toujours plus jolie

De tout ce qu'on a bu.

Jeunes gens et vieillards, chacun fut bon convive, Et voici qu'une flamme indiscrète s'avive

Aux yeux du plus fourbu.

C'est l'heure où la plus froide a le cœur charitable. Les genoux, amoureux des pauvres pieds de table

Qui n'y comprennent rien.

Se rapprochent; les mains se cherchent et consentent. Et les plus bedonnants sur leur chaise se sentent

Le corps aérien.

Berthe aux grands pieds, selon l'antique Protocole Qui sévissait, branlant, comme un maître d'école.

Son front déjà caduc, — Berthe aux grands pieds, craintive et tendre, a dû se mettre En face de Pépin, son époux et son maître.

Près d'un vieil archiduc.

LE REPAS DE NOCES fÇ

Elle trouve que c'est bien loin, et puis qu'en somme Tout cet amas de gens dont la gaîté l'assomme

N'est pas d'un grand régal.

Et voici qu'à présent c'est le tour de l'orchestre. Pauvres chers épousés! leur grandeur les séquestre

Loin du lit conjugal.

Mais tandis qu'aux doux sons des harpes et des flûtes Les ménestrels chantaient les amoureuses luttes

Des chevaliers d'antan, Pépin cligne de l'œil vers Berthe très émue, Et la vierge comprend que cet œil qui remue

Ça veut dire : « Viens-t'en I »

Les Conseils de Margiste

LES COV^SEILS DE mc4\GIS7E

ERTHE s'est retirée en ses appartements.

Elle est là, toute seule, assez mal rassurée, Toute pleine de trouble et de frissonnements, Tournant au moindre bruit dont elle est effleurée Son profil gracieux vers la porte d'entrée En des gestes d'eiFroi pudiques et charmants.

On entre. C'est Margiste. Elle approche, discrète, A pas mystérieux qu'on n'entend point venir.

Elle dit : « Trois abbés sont en train de bénir Le lit tendre et moelleux que l'amour vous apprête. Quittez-moi ce beau voile et cette gorgerette... Madame votre mère a dû vous prévenir.

« Je songe en vous voyant comme je fus heureuse. Tel soir, aux bras subtils de feu mon cher époux. Il était fort, il était tendre, il était doux. Quand j'y songe, un grand vide en mon âme se creuse. Mais sachez... En trois mots, prenez bien garde à vous : Le roi Pépin le Bref a la main douloureuse.

« Le soin que j'ai de vous m'a su faire informer, Discrètement, de la façon qu'il a d'aimer.

Je tiens tous ces détails de son premier concierge; Vous voyez, j'en suis pâle encore comme un cierge... C'est un. homme effrayant, surtout pour une vierge. Un mari dangereux qu'il faudrait réformer. »

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