ACTE QUATRIÈME
texte qu'il faut bien vivre, et que la pauvreté est dure, et que le monde est indulgent, et qu'il y a des gens qui en font bien d'autres, et que tout ça n'est pas bien sérieux, si nous pouvions faire tout ce qui nous plaît et si le désir de jouir ou de ne pas souffrir excusait tout... mais alors, mon père, qu'est-ce que ce serait donc que la vie? Quelle grossière et stupide aventure? Elle n'aurait absolument aucun sens...
LE MARQUIS
Elle n'en a peut-être pas, mon petit enfant.
Elle a celui que nous lui donnons. Et nous devons lui donner le plus beau... Mon père, il est des actes décidément vils auxquels vous ne pouvez pas descendre... Ce n'est plus ma foi religieuse qui vous conjure... H y a aussi l'honneur, l'honneur de notre nom... A votre défaut, j'en suis la gardienne. Oh! je connais l'histoire de notre famille. Beaucoup de nos aïeux et de nos grand'mères ont eu des défaillances... Il y en a qui ont vécu inutiles... ou pis encore. Il y en a
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qui ont fait des mariages intéressés... Mais d'autres, en plus grand nombre, ont servi, se sont sacrifiés, ont mis quelque chose au-dessus du plaisir et de l'argent... Il y a eu parmi eux de braves soldats, de bons serviteurs du roi, de saintes religieuses. Ce sont leurs efforts et leurs mérites qui sont notre tradition. Et, même parmi les moins bons, aucun ni aucune n'a jamais rien fait de comparable en bassesse à la mauvaise action qui vous tente... Vous-même, mon père, si vous signez ce papier, vous commettrez une action telle que vous n'en avez pas commis encore... Jusqu'à présent, il y a pu avoir dans votre \\e des erreurs et des fautes, mais rien d'irréparable... Eh bien, ce mariage-lù, mon père, ce serait l'irréparable. Ce serait la mort de votre honneur, la mort de votre orgueil, si vous aimez mieux, de votre cher orgueil, — c'est-à-dire quelque chose de pire que l'autre mort... L'autre mort... mais ce n'est rien du tout à certains moments, rien du tout. Notre sang est habitué à la mépriser... Si je j>ouvais, en mourant, empêcher cette abomination, croyez-vous que j'hésiterais?... Enfin, faites ce que vous voulez ; mais, si vous épousez cette femme, je renonce à toute espérance et à toute joie... je me fais religieuse... pour pleurer et expier toute ma vie...