‹ Bertrade; comédie en quatre actesChapitre 123 sur 125 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LE MARQUIS, essayan t de braver.

Des mots !

RERTADE.

Non, vous savez bien que ce ne sont pas des mots... Mon père, vous vous êtes battu volontairement, il y a trente-cinq ans. . . A ces heures-là. . . aux avant-postes... les pieds dans la boue... quand vous songiez le soir... vous reconnaissiez qu'il y a tout de même quelque chose de plus intéressant et de plus essentiel que d'être riche, brillant et de prendre du plaisir... Enfin, mon père... ce n'est pas seulement par chic, j'imagine, que vous étiez soldat de Charette et que vous vous êtes battu à Patay et à Orléans... Souvenezvous ! souvenez-vous ! . . . Mon père, je vous supplie de n'être pas, pour la première fois, un lâche.

Elle murmure le mot.

Li: MARQUIS.

Tu dis?... (il voudrait répondre violemment et ne trouve

rien.) Eh bien... eh bien... Tu t'exaltes... tu vas, lu vas. Laisse-moi le temps de réfléchir... d'envisager à quelles conditions je pourrais... Car ce serait une vie si différente de...

Mon père, mon père, que craignez-vous donc ? Votre sœur vous aime toujours, quoi qu'elle vous ait dit. Hubert aussi, je vous jure. Vous vivrez auprès de nous, entre nous trois... C'est lui qui en a eu l'idée... Vous voyez bien qu'il n'est pas méchant... La vie est large à la campagne... Ce ne serait pas du tout cette pauvreté dont vous avez peur... Le cheval, la chasse, la culture même, qui est noble... et pourquoi non? la douceur de l'habitude, ces joies modestes du foyer que vous n'avez jamais, jamais connues... voilà, je vous assure, de quoi vous rendre les jours mieux que supportables. L'argent, cet argent qui est tout, dont on retrouve la tyrannie partout et auquel tout le monde se rue, est-ce que la vraie noblesse n'est pas de le dédaigner, d'y résister, quand on a d'ailleurs la vie facile et saine? Vous mettiez votre joie à gaspiller l'argent... mettez maintenant votre fierté à vous passer de lui, à le braver, à le mépriser... Est-ce que ce ne serait pas une jolie fm, et élégante, puisque l'élégance vous louclie?...

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