‹ Bertrade; comédie en quatre actesChapitre 87 sur 125 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

J'ai déjà répondu, monsieur...

CHAILLARD.

Vous ne voulez pas parler?... C'est donc bien l'espèce d'homme que je suis, c'est ma profession, c'est ma fortune même que vous repoussez? On vous a raconté sur moi des histoires... Quelles histoires?... Je sais toutes celles qui courent... L'histoire des chemins de fer de Birmanie, peutêtre?... Eh bien, ça n'est pas vrai I ça n'est pas vraiî... Si l'on savait... Oui, j'ai travaillé... j'ai fait de l'argent... Quarante millions... et je n'ai pas quarante ans.

C'est fort joli.

Ce n'est pas mal... Mais si l'on savait quel effort j'ai fourni... par quelles inquiétudes et quels tourments j'ai passé... Les affaires, c'est la bataille... et ce n'est jamais vil, la bataille... L'or que j'ai entassé, c'est le prix de mon activité, de mon énergie, de ma hardiesse, de mon imagina-

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tion et, pourquoi ne pas le dire? de mon intelligence. . . Alors, alors, qu'est-ce qu'on me reproche ?

Mais, monsieur, à qui en avez-vous donc?

CHAILLARD.

A personne... Mais, c'est ce sourire... c'est ce que je lis sous ce front... Est-ce que vous croyez que je ne l'ai pas, moi aussi, le mépris de l'argent? Est-ce que vous croyez que je l'aime pour luimême? Non, mais pour tout ce qu'il représente, pour la puissance dont il est l'instrument ot lo signe...

Cette puissance a ses limites, monsieur, car vous voyez qu'elle ne m'émeut pas... Ohl je sens bien que cette conversation est peu convenable à une jeune fille et je ne pensais pas avoir jamais à parler de ces choses-là. Mais c'est vous qui m'y contraignez... Comme je vous l'ai dit, je ne comprends rien aux affaires... et c'est pour cela qu'elles me font peur... Vous vous vantez d'avoir gagné quarante millions... en vingt ans, n'est-ce pas?

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