ACTE TROISIEME
En moins de vingt ans.
Et c'est cela qui m'épouvante... Car, enfin, il faut bien qu'ils soient sortis de quelque part.
CHAILLARD.
Naturellement... Ils sont sortis de mes idées... des nouvelles sources de production que j'ai découvertes...
Et aussi de ce que vous appelez, je crois, la spéculation ?
CHAILLARD.
Oui, en partie.
Eh bien... je n'y connais rien du tout; mais est-ce que la spéculation, comme vous dites, n'est pas un jeu, c'est-à-dire un acte qui est surlafron-
tière des choses permises à un chrétien, et, pour certains, un jeu où ils se croient le droit de biseauter les cartes? Ce que vous affirmez par un détour, n'est-ce pas le droit du plus fort ou du plus rusé? Au fond, entre votre chasse à l'argent et la chasse à la proie des hommes de l'âge de pierre, quelle différence voyez-vous?
CHAILLARD, souriant.
J'en vois quelque petite... Mais, au reste, ! morale des conquérants est assez bonne pour mo! Ce fut probablement celle des fondateurs de voti maison.
Je n'y étais pas, monsieur. Je crois pourtant qu'ils ne se battaient pas pour eux seuls, et qu'il sacrifiaient leur vie.
CHAILLARD.
J'ai plusieure fois risqué ma peau.
En Birmanie?
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CHAILLARD.
Justement. Permettez-moi de vous dire, mademoiselle, que vous parlez comme un enfant... Un homme d'affaires vous paraît un croquemitaine Mais est-ce que mes actionnaires n'ont pas la même morale que moi? Les bourgeois respectables dont j'ai augmenté les rentes, est-ce qu'ils ne consentent pas, eux aussi, à vivre du travail des autres? Est-ce qu'ils ne veulent pas, eux aussi, faire de l'argent, mais sans travailler eux-mêmes : en quoi ils me sont inférieurs? Est-ce qu'ils ne sont pas aussi âpres et aussi avides que moi?... Us me maudiront si j'échoue dans une entreprise. Mais, si je les enrichis, ils ne me demanderont pas par quels moyens... A votre compte, mademoiselle, il n'y a pas d'argent qui soit pur, sauf celui du paysan et de l'ouvrier.
Peut-être... J'ai peur, en y réfléchissant, que notre malentendu ne soit encore plus profond que vous ne pensez... Il tient à notre façon même de concevoir la vie... Vous êtes incroyant. Vous méprisez presque tout ce que j'aime. Vous vivez n'est-ce pas, uniquemement pour amasser, pou
jouir, tout au plus pour dominer. Que cela est court et inutile I Et puis, ce que vous prétendez être en politique, vous ne pouvez pas l'être bien sincèrement, puisque vous demeurez riche à l'excès.. . Je ne suis, moi, qu'une ignorante très impressionnée par l'Évangile et pour qui la vie n'a ih prix et de signification que par quelque chose qui est au-dessus d'elle, par quelque chose qui est en dehors des réalités visibles. Vous voyez bien qu» nous ne nous entendrons jamais.
CHAILLARD.
Mais si I Mais si ! Je vous ai du moins montra que j'étais extrêmement préoccupé de votre jugrment... Vous me convertirez, qui sait ?... (in temp? Et, maintenant, venons au fait. Votre père esi ruiné.
Entièrement ?
CIIAILLARP.
Autant qu'on peut l'être... .Mais toute pauvr< que vous êtes, il vous reste, outre votre gnlce et votre esprit, votre nom que j'apprécie à l'égal dmes millions.